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Le coaching : une mesure au service du développement durable ?

Posted on 3 February, 2020 at 4:26 Comments comments (7)
Il faudrait être sourd et aveugle, un ermite coupé du monde ou un climato-sceptique convaincu pour ne pas être au courant de LA thématique qui fait la une de l’actualité. Les mots-clés « développement durable », « biodiversité », « réchauffement climatique » ainsi que les noms de Greta Thunberg, d’Extinction Rebellion ou des divers lieux liés aux manifestations pour le climat font partie désormais de nos discussions et de nos préoccupations.

Que l’on soit profondément convaincu par l’urgence de la question ou moins alarmiste, force est de constater qu’il est indispensable d’agir : le résultat des toutes récentes élections fédérales en représentent un signe flagrant. Que cela soit au niveau collectif ou individuel, les personnes se mobilisent là où elles ont les moyens de le faire : comme le disait Jean-François Rubin, directeur de la Maison de la Rivière à Tolochenaz sur les ondes de LFM en octobre 2018, « pour sauver le monde, il faut pouvoir sauver son monde ».
 
En ce qui me concerne, j’ai pris le parti, tel le colibri de la fable amérindienne du même nom, de faire ma part plutôt que succomber au défaitisme et au sentiment d’impuissance devant l’ampleur de la tâche ainsi que devant l’immobilisme des politiques. Il y a d’abord les gestes écologiques : ampoules LED ; utilisation d’énergies autres que fossiles ; diminuer la consommation de protéines animales ; acheter local, en vrac et bio ; se déplacer en transports publics plutôt qu’en voiture ou en avion. Mais cela suffit-il ? La sauvegarde de nos écosystèmes peut-elle se limiter à des changements de comportements « de surface » ou nécessite-t-elle une réflexion en profondeur de ce qui se cache derrière nos attitudes ?
 
Dans leur ouvrage prônant l’écologie intérieure[1], Marie Romanens et Patrick Guérin parlent de la nécessité de réintroduire de la « reliance » et de rétablir un lien plus équilibré entre ce que ce nous sommes et ce dont nous faisons partie. Autrement dit : pour mieux vivre avec le monde qui nous entoure, il nous faut (ré)apprendre à prendre soin du lien avec nous-même. À quoi cela nous sert-il d’appliquer une liste de nouveaux comportements éco-responsables si nous ne nous penchons pas sur ce qui fait que nous consommons autant voir (beaucoup) trop ? L’acte de recycler ce qui finit dans nos diverses poubelles peut-il se passer d’une réflexion autour du tri de nos « déchets intérieurs », de nos « faux besoins », souvent imposés par la société et/ou par nos « pensouillures »[2] mentales.
 
Comme le soutiennent les deux auteurs, nous nous coupons souvent de nos vrais besoins, de ce qui est essentiel pour nous car « à une époque où le rationnel et l'objectivité prévalent, où l'accent est mis sur les performances et la réussite, il n'est guère facile de laisser apparaître sa sensibilité, son émotivité, ses facultés intuitives, la douceur de son coeur et son imaginaire poétique. Tout ce versant de l'être doit rester indécelable, sous le contrôle de la volonté » (p. 144) et, ajouterais-je, anesthésié par des comportements éco-irresponsables dont l’objectif est de nous soustraire à notre vulnérabilité[3].
 
Dans ce sens, le coaching, du moins tel que je le comprends et le pratique, n’est pas juste un effet de mode qui « épouse » l’actualité mais bel et bien une mesure de développement durable. En effet, si l’on en croit Regula Kyburz-Graber, Ueli Nagel et François Gingins[4], il est nécessaire, pour permettre à chacun-e de se développer de manière durable et écologique, d’apprendre à agir malgré les incertitudes, à affronter les contradictions (en commençant par celles intérieures) de manière constructive, à réfléchir à ses valeurs, à développer de nouveaux regards ainsi qu’une compréhension systémique, sur soi-même et sur nos contextes professionnels et personnels.
 
Un programme, certes exigeant et demandeur de temps, mais de mon point de vue incontournable si l’on veut parler d’une écologie véritable et complète.


[1] Guérin, P. & Romanens, M. (2010). Pour une écologie intérieure. Paris : Payot.
[2] Marquis, S. (2016). On est foutu, on pense trop. Comment se libérer de Pensouillard le Hamster. Paris : Points. 
[3] Voir à ce sujet la vidéo-conférence TEDx de Brené Brown « Le pouvoir de la vulnérabilité » : https://www.ted.com/talks/brene_brown_the_power_of_vulnerability?language=fr - t-17490 
[4] Kyburz-Graber, R., Nagel, U., Gingins, F. (2010). Demain en main. Enseigner le développement durable. Mont-sur-Lausanne : LEP.

Cet article est une version modifiée de celui paru sur le site de Coaching Services en janvier 2020.

Au sec....ours !

Posted on 3 February, 2020 at 4:07 Comments comments (124)
Je l’avoue avec humilité et en toute sincérité : je sèche. À l’image de la Californie ainsi que des nappes phréatiques, de certains lacs et cours d’eau d’une grande partie de la Suisse entre mai et octobre 2018, je souffre de sécheresse. Rien à voir avec une absence de liquide ou d’humidité physique et réelle : l’aridité dont je parle est purement symbolique. J’ai beau me creuser les méninges, interroger mon cœur et mon corps : rien ne vient – la page entière s’offre à moi, désespérement blanche, vide et désertique.
Soit les idées se présentent et s’entrechoquent, jouent des coudes et se bousculent pour accéder à la sortie « Expression » pour finalement ne jamais parvenir à emprunter ce couloir-là. Ou alors, plus difficile à admettre pour un hyperactif mental comme moi,  aucune étincelle ne jaillit au firmament de mon ciel cervical, laissant une immense place à un néant peu enclin à la créativité et à la verbalisation.

Cet état et ce constat me font penser à deux séances d’accompagnement que j’ai vécues récemment et au cours desquelles j’ai été amené à dire : « je sèche ». Comme dans les scénarios décrits ci-dessus, soit mon mental ressemblait à une machine à pop-corn en pleine activité mais dont il était impossible d’extraire un seul grain de maïs soufflé, soit un vent rude soufflait sur les plaines infinies de mes connexions synapsiques.
 
La première situation s’est déroulée dans le cadre d’un accompagnement collectif d’une équipe en crise. À un moment donné, deux personnes du groupe en sont presque venues aux mains et, suite à cet incident, un silence lourd de sens s’est installé dans les interstices relationnels des personnes présentes (cinq en tout, moi compris). Une absence de communication verbale qui contrastait fortement avec le bruit auquel j’étais confronté dans ma tête, mon cœur et mon ventre : émotions, sentiments, souvenirs, blessures du passé prêtes à s’ouvrir. Ce qui en est ressorti ? Un « j’avoue humblement que je sèche et que j’ai besoin de votre aide pour vous aider » navré et un brin coupable.
 
La deuxième illustration est à placer dans le contexte d’un coaching individuel. En début de rencontre et après avoir décrit sa problématique, la personne accompagnée formule la demande suivante : « j’aimerais que vous m’aidiez à être moins hypersensible et hyperactive ». Cette fois-ci, pas de tempête, ni dans mon cerveau, ni ailleurs – rien. Puis un moment de silence qui m’a paru durer une éternité. Et finalement, la seule chose que j’aie réussi à dire s’est avéré être un : « Wouahouh ! Là, je sèche » tonitruant.
 
Dans les deux cas, pas de feu de forêt ni d’anhydrie. En effet, après la rupture et le silence accompagnés du langage non-verbal  de mes interlocuteurs – que j’ai interprété comme de l’étonnement et une forme de désarroi –, tant le collectif que la personne accompagnée ont fait preuve d’un esprit d’initiative qui m’a laissé presque aussi perplexe que ma siccité créatrice.
 
Dans les deux cas, l’aveu de ma « sécheresse », assorti d’une demande d’aide plus ou moins explicite, ont débouché sur une discussion porteuse de fruits. Le collectif a en effet entamé une discussion spontanée autour du ressenti par rapport au « clash » vécu en direct, ce qui a débouché sur des pistes de résolution de problème. La personne concernée par le coaching individuel a, quant à elle, rebondi en reformulant sa demande de manière plus réaliste.
 
Comment interpréter ce qui s’est passé avant, pendant et après mon appel au sec…ours, chez moi et chez les autres ? Là, je sèche et vos lumières, chers lecteurs, sont les bienvenues.  
 
À toutes et à tous, je souhaite une très belle année pleine de moments apparemment peu féconds et pourtant si porteurs de vie et de nouveautés.

 
 











Cet article est une version modifiée et illustrée de l'article paru sur le site de Coaching-Services en mars 2019.
 
 

1 + 1 = 3 ?

Posted on 4 January, 2018 at 8:43 Comments comments (4479)
Apparemment, un coaching individuel se résume à un « one to one », à une rencontre entre deux personnes dont l’une est demandeuse et l’autre disposée à mettre en œuvre des compétences permettant à la première d’atteindre ses objectifs. Mais est-ce vraiment si simple ? Les apparences sont paraît-il souvent trompeuses. Plusieurs raisons me font dire que, en matière d’accompagnement, 1 + 1 = 3 : une troisième dimension vient en effet s’inviter et elle joue un rôle primordial dans le processus.
 
J’adhère tout d’abord aux propos de Jacques-Antoine Malarewicz[1] lorsqu’il avance que le troisième « larron » dans un accompagnement s’avère être le changement – et, par conséquent, le non-changement. Qu’elle soit « acheteuse », « touriste » ou « co-pilote », la personne accompagnée se comporte et se positionne en fonction d’un contrat, implicite ou explicite, dont l’objectif est de permettre à la personne d’opérer des modifications à des niveaux plus ou moins profonds, que cela soit sur son contexte ou, idéalement, sur elle-même.
 

Les enjeux se situent ainsi à deux niveaux : la volonté de (non-) changement du coaché et ma volonté de voir l’autre changer. Si, dans la première dimension, je me demande régulièrement dans quelle mesure je cautionne ou pas le désir de (non-) changement chez l’autre, la deuxième dimension requiert encore plus d’honnêteté de ma part : dans quelle mesure mes attentes vis-à-vis du changement d’autrui ne représentent-elles pas un frein voire un obstacle au coaching ? En effet, ce n’est pas parce que « ça » n’avance pas – sous entendu : comme j’aimerais que « ça » avance – que « ça » n’avance pas…


Selon Guy Le Bouëdec[2], un autre invité dans la relation coaché-coach s’avère être l’alliance entre les deux protagonistes, une danse à deux soutenue par une mélodie composée de notes comme la dignité et l’autonomie de chacun-e, la confiance réciproque, la confidentialité et la crédibilité des protagonistes.

Une dimension éthique et déontologique qui engage les partenaires du contrat dans leur humanité et leur intégrité. Dans ce sens, il m’arrive – pas assez souvent à mon goût – de méta-communiquer avec mon vis-à-vis au sujet de mes observations et de mon ressenti par rapport à ce que le langage verbal ou non-verbal de la personne accompagnée génère chez moi.
 
Quand par exemple, lors de la deuxième séance, je constate que ma cliente emprunte mon stylo pour effectuer une activité écrite car elle a, comme lors de notre première rencontre, oublié de prendre le sien, je lui fais part de mon constat ainsi que de ma surprise et lui demande : « qu’est-ce qui fait que vous écrivez votre nouvelle vie avec mon stylo ? ». Dans ce cas, la réflexion autour de cette question a été porteuse de fruits : lors de la rencontre suivante, la personne accompagnée a fait preuve d’une plus grande autonomie, tant au niveau de l’accompagnement que dans son contexte de vie.
 
Je terminerai cet article par évoquer les propos de Lytta Basset[3] qui, au moment du contrat initial, explicite qu’ « on n’est pas deux, mais trois » : la vie, tel un fleuve au cours imprévisible, est en effet omniprésente dans tout processus d’accompagnement. Lors de la première séance, j’ai  ainsi régulièrement recours à la phrase « je garantis les outils, mais pas le résultat : celui-ci vous appartient et il est également du ressort de la vie ».

Un « garde-fou » indispensable pour ma très humaine tendance à la Toute-Puissance et un gage d’humilité pour le duo, confronté ainsi à ses responsabilités et à ses limites.
 
Et si, au lieu de préparer deux verres d’eau en début de mon prochain entretien, j’en prévoyais un de plus ? Allez ! À trois, je me lance…
 


[1] Malarewicz, J.-A. (2011, 3 édition). Réussir son coaching. Une approche systémique. Orléans : Pearson Education France.
[2] Le Bouëdec, G. (2001). Une posture éducative fondée sur une éthique. Cahiers pédagogiques, n° 393, avril 2001, pp. 18-20.
[3] Basset, L. (2013). S’initier à l’accompagnement spirituel. Treize expériences en milieu professionnel. Genève : Labor et Fides.


Cet article est une version illustrée du billet du mois de septembre de Coaching-Services (http://www.coachingservices.ch/newsletter/1-1-3). La première et la dernière photographie sont celles d'une
création de Andreas Lewandowski intitulée"1+1=3 (A Meeting Between Two Creates Something New)" disponibles sur son site (http://www.andreaslewandowski.se/1-1-3)

Le coach voyageur

Posted on 5 September, 2016 at 11:00 Comments comments (1169)
La pause estivale touche à sa fin, les derniers aoûtiens sont de retour de vacances, après avoir éventuellement bravé le bouchon du Gothard et défait leurs valises. C’est aussi le moment de revoir des voisins, des collègues de travail et des amis pour leur parler d’une des activités principales en lien à la parenthèse de l’été : notre (ou nos) voyage(s).
 
Je dois vous avouer humblement que je redoute cet exercice : que cela soit la Floride, Zermatt ou l’Andalousie, les récits de mes interlocuteurs (et les miens aussi, d’ailleurs) me mettent souvent mal à l’aise, car ils se limitent la plupart du temps à une énumération de faits, d’anecdotes et, parfois, d’exploits dignes d’un bon polar, d’un film de James Bond quand ce n’est pas d’un des épisodes des Bronzés.
 
Ces partages me laissent souvent sur ma faim : je constate en effet que, au-delà de l’échange d’informations, la véritable communication, c’est-à-dire celle qui consiste à livrer ses ressentis et ses émotions, a rarement lieu et mon interlocuteur et moi-même ne faisons que de nous croiser sans véritablement nous rencontrer, l’objectif principal de la discussion étant de montrer à l’autre (et probablement aussi à soi-même) que notre voyage a été une réussite et/ou que nous avons « fait quelque chose » de nos vacances.

Et pourtant, ce n’est pas faute d’essayer de glaner ici et là quelques signes de vécu et d’authenticité. Comme Proust, cité par Laurent Gounelle , j’essaye de me dire que "le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller voir de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est".

Je cherche donc à me mettre dans la peau, dans le cœur, dans la tête, d’ « embrasser l’univers » de l’autre en l’écoutant et lui posant des questions pour en savoir plus, parfois avec succès, souvent en restant cependant dans le registre du « faire » et non de l’ « être ».

 
Me vient alors un doute : et si, au fond, je voulais amener mon interlocuteur là où il n’a pas envie d’aller, vers un univers qu’il ne veut pas forcément partager ? Et si Proust s’illusionnait sur la capacité et sur le bien-fondé de « voir l’univers avec les yeux d’un autre » ? Chaque individu n’est-il pas le seul habitant d’un monde singulier, mystérieux aux yeux des autres comme, souvent, à ses propres yeux ? Et, comme le propose Jean-Louis Servan-Schreiber , ne devrait-on pas plutôt parler de « multivers », c’est-à-dire d’univers multiples composés de milliards de cosmos individuels et singuliers ?

Comme souvent, « je suis sûr des mes doutes et je doute de mes certitudes » (Bertrand Piccard ). J’ai cependant l’intime conviction que, à l’instar d’un personnage d’une des intrigues « philosophico-psychologiques » d’Irvin Yalom, j'apprends à lire dans mes pensées pour que, fort de cette expérience, je puisse aider les autres à le faire dans les leurs. Le but n’est donc pas tellement de savoir si je peux ou si je dois voyager dans l’univers de mon interlocuteur, mais plutôt de me donner les moyens de voyager dans mon propre monde afin de pouvoir aider mon vis-à-vis à réaliser son propre périple, son propre voyage intérieur.

 
 
Si l’on en croit Bertrand Vergely, ce périple nous permet de découvrir de nouveaux espaces : notre intimité psychologique tout d’abord – nos émotions, nos besoins, nos motivations –,  puis notre inconscient – notre vulnérabilité, nos blessures – pour déboucher enfin sur notre intériorité spirituelle – cette part de nous qui nous appartient à la fois le plus et le moins, celle qui consiste à se poser la question du sens de la vie et de la mort.
 
Que je sois « le voisin qui raconte ses vacances » ou celui qui endosse l’habit de coach, la profondeur du voyage ne m’appartient pas : cette responsabilité revient à mon vis-à-vis. Ma tâche principale consiste donc probablement à être un voyageur intérieur prêt à accompagner la personne aussi loin qu’elle est d’accord d’aller, la véritable destination résidant dans le voyage en lui-même. Sans oublier que, comme le relève Gandhi, « le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. »
 
Olivier Mack, formateur et coach indépendant (www.mackoaching.net)

(Cet article est une reprise illustrée du "Billet du coach" de septembre 2016, publié sur le site de Coaching-Services)
 
 
Gounelle, L. (2010). Les dieux voyagent toujours incognito. Paris: Anne Carrière/Pocket. 
Servan-Schreiber, J.-L. (2015). C'est la vie. Essais. Paris: Albin Michel.
Piccard, B. (2014). Changer d'altitude pour mieux vivre sa vie. Quelques solutions pour mieux vivre sa vie. . Paris: Stock
Yalom, I. (2012). Le problème Spinoza. Paris: Editions Galaade, Le Livre de Poche. Vergely. B. (2014). Deviens qui tu es. Quand les sages grecs nous aident à vivre. Paris : Albin Michel.

Le coach et l’âme : un paradoxe ?

Posted on 14 November, 2015 at 17:03 Comments comments (769)

« C’est dans le silence que l’âme entend. » (St Jean de la Croix)
 
« L'homme mérite qu'il se soucie de lui-même car il porte dans son âme les germes de son devenir » (Carl Gustav Jung)
 
À l’issue d’une récente inter vision entre coachs dans le cadre de Co-Action (plus sur : http://www.coaching-services.ch/groupe-intervision-co-action), les larmes sont montées, du plus profond de mon être.
 
Depuis plus de 7 ans que mon corps me signale la présence de mon âme de cette manière, je pense avoir appris à accueillir et à métaboliser ce signe de guérison. Sur le moment, la seule chose que mon esprit ait été capable d’exprimer, c’était que les questions et les retours – fort pertinents et sagaces à l’avenant – de mes pairs avaient touché quelque chose d’ontologique chez moi.
 
Je ressens le besoin d’y revenir aujourd’hui pour mieux comprendre ce qui s’est passé et, plus encore, déterminer ce que je peux ou veux en faire. Pour cela, je dois faire appel à un « mot-concept » qui m’est cher et pour lequel une clarification me semble nécessaire : l’âme. Il serait illusoire de tenter ici une synthèse intelligente de la vaste littérature qui s’est penchée sur ce terme. Je vais donc, de manière arbitraire j’en conviens, me limiter à quelques sources qui font écho à mes représentations, à ma sensibilité et à mon vécu.
 
Dans son ouvrage Le paradoxe de l’âme. Exil et retour d’un archétype (Genève, Georg Editeur, 1993), Diane Cousineau Brutsche, thérapeute canadienne, relève que « le terme "âme" est généralement employé plus ou moins comme synonyme du mot "psyché" et en conséquence dépouillé de la qualité qui lui est propre (…) Alors que la "psyché" (...) se réfère à la totalité des processus psychiques, l ' "âme" de son côté évoque une réalité plus spécifique, quelque chose que l'on pourrait définir comme un fonction particulière à l'intérieur de la psyché ; quelque chose aussi de plus subjectif et de plus affectif, en même temps qu'un caractère hautement numineux. ».
 
Liée à la fois à la réalité corporelle et spirituelle de chaque individu, l’âme revêt un caractère paradoxal : elle joue un rôle fondamental de médiatrice entre, d’un côté, le monde corporel, matériel, physique et sensoriel (« Le corps est le gant de l’âme » propose Annelie Keil) ET, de l’autre, une dimension qui nous dépasse, transcendée, immatérielle, symbolique et imaginaire.
 
Interrogée sur les étapes de la vie humaine par Psychologies Magazine (http://www.psychologies.com/Bien-etre/Prevention/Hygiene-de-vie/Interviews/Vieillir-c-est-aller-vers-soi), Viviane Thibaudier, thérapeute jungienne française, soutient  que chaque individu est « tiraillé entre des opposés (…) : les limites de notre personnalité ordinaire – le moi – et la conscience que ce que nous sommes profondément est bien plus vaste – le soi ». L’âme humaine représente donc ce point de rencontre, ce lieu où s’articulent la réalité concrète observable et la réalité invisible ; une entité à la fois biologique et spirituelle.
 
À la lumière de ce qui précède, je m’avance à interpréter ce qui s’est passé à l’issue de l’analyse de la situation-problème exposée par mes soins à mes collègues : un double mouvement, une sorte d’aller-retour pendulaire entre deux parties qui constituent mon identité interne et professionnelle.
 
D’une part, mon ego – tout puissant, orgueilleux et contrôlant – a vu d’un très mauvais œil le fait que quelqu’un d’autre que lui ait vu de manière si juste et apparemment si visible ce qui lui avait échappé : que ce qui se jouait au niveau tant du processus que des contenus de l’accompagnement en question était en fait un miroir de ses propres hésitations et doutes. Une réaction qui n’a fait que raviver une blessure narcissique certes cicatrisée mais toujours présente.
 
De l’autre, mon âme m’a signalé que « quelque chose » de très profond n’était pas suffisamment reconnu par moi-même et que je n’avais nul besoin de chercher une quelconque légitimité auprès d’autres personnes ou de prouver mes capacités : mes compétences ainsi que mon expérience de vie, notamment en lien avec mon odyssée intérieure de ces dernières années, devraient me donner l’autorisation et l’autorité de cheminer en confiance et d’oser être qui je suis en tant que coach, même si ce n’est pas toujours « orthodoxe » : le coaching n’est-il en effet pas un art et non une science exacte ?
 
Si je pars du principe que l’on ne peut accompagner une personne que jusqu’au point où on est allé soi-même, je réalise que j’ai repoussé mes limites aussi loin qu’il m’a été possible de le faire, probablement aussi loin qu’un individu puisse aller sans sombrer. Ce constat ne me donne certainement pas la permission de mettre la personne que j’accompagne en danger en voulant lui faire prendre le même chemin que moi ou à l’encourager à s’enfoncer dans la dépression pour lui permettre un hypothétique bénéfice dans sa vie professionnelle et personnelle. Cela serait non seulement contraire à ma déontologie mais représenterait également un risque pour la personne accompagnée ainsi que pour ma propre personne, tant au niveau professionnel que personnel.
 
Par contre, je peux me donner la permission d’être pleinement qui je suis, en toute authenticité et vulnérabilité, en partageant mon expérience humaine, mes résonances, mes émotions avec la personne que j’accompagne tout en m’assurant qu’elle m’y autorise et que cette « révélation de soi » (Christophe André) participe au processus d’accompagnement, ne représente pas un obstacle au cheminement de l’autre et ne conforte pas « aussi bien (ma) construction du monde que (celles de mes clients) » et ne crée pas « un système (…) où chacun aidera l'autre à ne pas changer » (Mony Elkaïm, Si tu m’aimes ne m’aimes pas, 2001, p. 145-146)
 
 
De plus, même si mon identité professionnelle me définit comme un coach accompagnant des individus par rapport à des situations problématiques au travail, je peux également accepter en toute confiance que mon action a des vertus thérapeutiques sur la personne concernée : le coaching fait partie des techniques de ce que l’on appelle les « thérapies brèves » qui ont pour but non pas de s’arrêter sur le « pourquoi » (en cherchant par exemple les origines ou les causes des névroses ou psychoses dans le parcours de vie des patients) mais sur le « pour quoi » et le « comment » nos clients peuvent améliorer leur qualité de vie au travail et, par voie de conséquence, dans les autres domaines de vie.
 
Ce constat ne me donne certes pas l’autorisation de « jouer au thérapeute » en accompagnant des personnes dont l’état psychique ne relève pas des compétences d’un coach mais bel et bien de celles d’un psychiatre ou d’un psychothérapeute. Il me conforte cependant dans le fait que je peux me donner la permission d’employer des outils thérapeutiques, tout en acceptant les limites de leur utilisation.
 
Pour conclure et dans le but d’exemplifier certains de ces instruments, j’aimerais redonner la parole à Diane Cousineau Brutsche. Dans les dernières pages de son ouvrage, elle partage en effet quelques expériences de sa pratique tout en évoquant des « gestes professionnels » de thérapeute dont j’ai envie de m’inspirer pour ma pratique de coach sensible à la présence de l’âme, que cela soit la mienne ou celle de l’autre :
 
« Si (l’accompagnement) est un lieu d'évocation de l'Âme, (il) ne peut l'être que par une relation d'Âme à Âme. Mais il faut pour cela aller à sa rencontre là où elle se trouve, dans le vide ; et on ne peut pas aller à la rencontre du vide de l'autre qu'à partir de son propre vide » (p. 156) : c’est probablement pour cette raison que le silence est un des outils les plus puissants de tout accompagnement, mais aussi un des plus exigeants.
 
La tentation est en effet grande pour le coach de remplir le vide par un éclairage théorique et/ou une analyse de la situation, prenant ainsi la casquette d’expert plus que de coach : un piège dans lequel je confesse de tomber trop souvent, histoire de me rassurer et de rassurer la personne accompagnée.
 
Car « de tels moments, qui sont au coeur même de toute expérience humaine de l'Âme, ne manquent jamais de se présenter (…) et demandent à être assumés tels qu'ils sont : comme des instants de chute. (…) Ces moments où on déçoit les attentes de (l’autre), où sa propre limite ou même ses gaffes involontaires semblent mettre en péril toute la confiance qui s'est péniblement tissée un chemin dans le coeur et l'esprit du partenaire (…) ; ces moments ressentis comme une chute, comme une rupture de ce qui jusque-là semblait bien engagé (...) Savoir déchoir est une exigence des plus redoutables mais nécessaire, autant pour (l’accompagné) que pour (l’accompagnant) »(p. 157-158).
 
L’humilité du coach semble donc un des ses principaux atouts, au risque sinon d’être vu comme un expert tout puissant, ayant réponse à toutes les interrogations de son client et le dépossédant ainsi de son autonomie et de l’expertise de sa propre vie et de son cheminement.
 
Et c’est certainement là pour moi un des plus beaux et profonds apprentissages de cette expérience dans le cadre de l’inter vision citée en début d’article : la mesure de tout ce qui me reste à découvrir et le chemin que je dois encore parcourir pour que je puisse continuer à nourrir et à réjouir mon âme et celle de la personne que j'accompagne, principal facteur de réunification et de pacification entre nos contradictions et nos tensions internes.
 
À vous toutes et tous, je souhaite une très belle suite de chemin, à la rencontre de votre âme et, donc, de vos paradoxes qui font de vous une personne vivante et vibrante, car à la fois unique et reliée à une dimension qui la transcende.

 
 

Le coach, un marchand de bonheur ?

Posted on 9 October, 2015 at 15:31 Comments comments (1434)

Une recherche menée en 2007 par deux disciples de Martin Seligman, père de la psychologie positive, a conclu que l’aspiration prioritaire des dix mille personnes interrogées dans quarante huit pays consiste avant tout à être heureux, loin devant la quête du sens de sa vie, l’existence du paradis ou l’obtention de la richesse.
 
J’ignore si mes client-e-s font partie de l’échantillon consulté, mais j’émets l’hypothèse que, si je leur posais la question, la réponse irait dans la même direction. Ce qui n’est guère surprenant : si les personnes que j’accompagne ont recours à mes services, c’est prioritairement pour mieux vivre une situation professionnelle qui, doux euphémisme, ne contribue en tout cas pas à leur bonheur, quand elle n’est pas carrément source de stress voire de souffrance.
 
En réponse à ce constat, d’autres études en lien à la psychologie positive aboutissent à une liste de conseils qui se basent sur ce que font les gens qui sont heureux comme, par exemple, s’entourer de gens heureux, agir pour être heureux, faire don de soi ou être optimiste.
 
Cette liste d’injonctions me questionne pourtant dans ma fonction et, plus encore, dans ma posture de coach : le fait d’accompagner une personne pour lui permettre d’être heureuse dans sa vie professionnelle et personnelle se limite-t-il à encourager les coaché-e-s à appliquer des recettes qu’on leur vendrait après les avoir déguisées et habillées derrière une liste de questions savamment tournées ?

Mon intuition et ma déontologie me disent que non, mais cela ne suffit pas à me rendre heureux. Je décide donc de trouver ma félicité ailleurs.  
 
Dans son ouvrage Du bonheur. Un voyage philosophique (Fayard, 2013), le philosophe des religions Frédéric Lenoir nous invite à découvrir ce que ce concept signifie aux yeux des différents sages dans l’Histoire, des anciens Grecs aux penseurs contemporains. En simplifiant beaucoup, toutes les écoles se rejoignent sur deux points : il n’y a pas de bonheur sans désir et on ne peut être heureux sans une nécessaire négociation entre nos désirs et notre raison, en fonction surtout de notre réalité contextuelle.
 
Si je fais le lien avec les accompagnements menés par mes soins jusqu’à ce jour, je constate que, au démarrage du moins, il y a effectivement un désir et il est dans la plupart des cas de changer le contexte ou, parfois, de contexte. C’est une attitude compréhensible et à prendre en compte, surtout lorsqu’il s’agit de situations qui sont sources de souffrances.
 
Or, toujours selon l’auteur français, toutes les études sociologiques sur le bonheur de ces trente dernières années tendent à montrer que seuls 10% des aptitudes au bonheur relève des circonstances extérieures, alors que 50% dépendent de la sensibilité de l’individu et 40% de sa capacité à fournir des efforts personnels. En – très – gros : j’ai plus de chance d’être heureux si je mets mon énergie à travailler sur ma relation à moi-même et à la situation professionnelle problématique que si je m’efforce à vouloir changer le fonctionnement de mon entreprise ou de mon patron – même si la responsabilité de ces derniers est engagée et n’est donc pas à minimiser.
 
Il s’agit par conséquent, pour le coach, d’aider la personne accompagnée à glisser progressivement d’une logique d’adaptation du contexte à ses désirs à celle d’une réflexion sur ce qui se cache derrière ces mêmes désirs – notamment ceux qui débouchent sur des objectifs trop élevés et des attentes irréalistes ou ceux qui sont restés lettre morte  – et qui participe au malheur et au bonheur au travail.
 
Ce changement de paradigme ne peut se satisfaire de conseils ou de recettes : il est le résultat d’un processus dont la finalité s’inscrit, à mes yeux, dans le courant de pensée philosophique d’un Michel de Montaigne, anti dogmatique du 16 siècle. Celui-ci soutient en effet que chacun a la liberté de trouver (en) lui-même la voie du bonheur qui lui convient, en fonction de sa sensibilité, de ses valeurs, de ses désirs ainsi que de ses forces et des ses faiblesses.

Et ce chemin-là ne se laisse ni vendre « en kit » ni définir à l’avance : il est à construire. Il s’agit là d’un acte éminemment créateur et créatif qui part de l’intérieur de la personne elle-même et qui s’oppose à toute tyrannie, y compris celle, très actuelle, du bonheur : ce dernier ne se trouve-t-il d’ailleurs pas plus dans les détours du voyage qu’arrivé à destination ?

Tiré de Psychologies Magazine, juin 2015, pages 72 à 75.


Cet article est une reprise légèrement augmentée d'un texte paru à l'origine sous la forme du "Billet du coach" sur le site de Coaching-Services (http://www.coaching-services.ch/newsletter/le-coach-un-marchand-de-bonheur)

Accompagner : une affaire de sens ?

Posted on 15 November, 2014 at 12:31 Comments comments (4454)

Dans la grande majorité des cas, les personnes qui viennent me trouver vivent une situation insatisfaisante, voir douloureuse ou insupportable à leurs yeux. C’est alors qu’intervient tôt ou tard, dans le processus d’accompagnement, la question du « pourquoi » (que s’est-il passé pour que j’en arrive là aujourd’hui ?) et du « pour quoi » (qu’est-ce que je fais avec cette situation et avec la manière dont je la vis ?).

Il est donc souvent question de sens. Dans sa dimension horizontale et temporelle d’abord : il y a un « avant », si possible à dépasser, un « présent » que vit la personne et un « après » qui devrait idéalement correspondre à une amélioration. Dans cette acception, le mot « sens » signifie « direction » : l’accompagné désire avancer sur son chemin de vie professionnelle et accepte de mettre en place des changements soit au niveau du contexte déclencheur de la problématique soit au niveau de ses comportements et de ses attitudes.

Dans sa deuxième acception, trouver du « sens » passe également par une dimension verticale. Il s’agit d’abord de changer d’ « altitude » pour prendre de la hauteur, du recul, pour observer, comprendre, accueillir la situation. Cette élévation permet en même temps – apparent paradoxe – à l’accompagné de mieux descendre en soi, de sonder ses profondeurs, ses émotions, ses besoins, ses rêves et, plus difficiles à admettre, ses propres freins, ses propres « diablotins ».

Dans cette posture à la fois extérieure et intérieure, l’esprit analyse, nomme, décortique, sépare, trie, hiérarchise : l’accompagnement est alors un processus cognitif qui passe par l’expression, l’extériorisation d’éléments souvent non explicités, donnant ainsi un sens, une signification à ce qui émerge, parfois à la surprise de l’accompagné.

Mais l’esprit seul ne suffit pas. Au raisonnement, il est nécessaire d’associer les résonnances : si l’esprit raisonne, l’âme résonne et cela au niveau de notre corps, véritable instrument de musique dont les vibrations, l’énergie et les notes donnent des informations significatives, donneuses de sens, au binôme accompagné-accompagnant.



Le mot « sens » gagne donc, grâce au corps, une dimension de « joui-sens » (selon les termes de François Cheng dans son très bel ouvrage, Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie) : vivre une vie professionnelle équilibrée passe également par la capacité d’être présent à soi-même, d’être à l’écoute de son corps, siège des émotions et véritable gant de l’âme.

Une attention tout particulière est donc consacrée à nos « sens-ations », agréables et fluides quand nous habitons et investissons pleinement notre activité et que cette dernière a du sens pour nous. Ou alors, dans le cas contraire, des « sens-ations » désagréables, parfois douloureuses, s’imposent à nous, laissant notre enveloppe charnelle parler pour nous à travers un certain nombre de tensions et de blocages significatifs.

C’est donc en faisant appel à l’esprit, à l’âme et au corps que l’accompagné peut donner à la fois une signification et une direction à son chemin de vie. Ou, autrement dit, c’est probablement en cheminant vers soi-même que l’on peut dessiner avec plus de netteté les contours du chemin à venir.

La tâche de l’accompagnant consiste alors non pas à guider la personne sur une voie toute tracée, mais à lui permettre de découvrir par elle-même le sens de ce qu’elle est en train de vivre et de ce qu’elle veut encore découvrir. Car, pour reprendre François Cheng, « de fait nous n’obtiendrons pas la Vérité, qui ne peut se posséder, mais ce qui nous importe avant tout, c’est d’être vrais : lorsqu’on est vrai, au moins a-t-on une chance non pas d’avoir la Vérité, mais d’être dans la Vérité ».

Bonne suite de chemin, intérieur et extérieur, à toutes et à tous !

Cet article est une version améliorée de l'édito du mois de septembre 2014 publié sur le site de Coaching-Services

L'accompagnement : un luxe inutile ?

Posted on 6 May, 2014 at 9:15 Comments comments (1225)

« On dit qu’il faut prendre son mal en patience : et si on prenait notre bien en urgence ? » (Ludovic Soliman)
 
« La folie est de se comporter toujours de la même manière et de s’attendre à des résultats différents. » (Albert Einstein)
 
Dans un ouvrage que j’ai déjà cité dans d’autres réflexions, Rolf Dobelli soutient, de manière provocatrice, que la performance d’un coach, d’un conseiller, d’un médecin ou d’un psychothérapeute est à questionner : si l’on s’en tient au principe de « la régression vers le milieu » qui veut que, quoique l’on fasse, toute situation insatisfaisante a tendance à se rééquilibrer d’elle-même au bout d’un certain temps, l’aide d’une personne extérieure n’a que peu ou pas contribué à l’amélioration du problème. Il faudrait donc, selon lui, éviter d’attribuer un meilleur état de santé ou une progression de résultats ou d’une situation à l’intervention d’un soutien quelconque.
 
Pour rester dans la provocation, j’aimerais, dans un premier temps, abonder dans le sens de la thèse du financier et homme d’affaires lucernois et cela pour deux raisons :
 
  1. si amélioration de la situation il y a, elle est principalement à mettre sur le compte du travail que la personne directement concernée a effectué, l’accompagnement ayant contribué à aider le client à s’aider lui-même ;
  2. au niveau de la déontologie, le coach peut garantir les outils mais en aucun cas le résultat de l’accompagnement : l’issue du processus appartient en effet à la personne accompagnée et, en toute humilité, à la vie.
 
D’un côté, la thèse de Dobelli me parle, car elle balaye toute velléité de « pensée magique », que cela soit chez l’accompagné ou chez l’accompagnant : comme j’ai pu le dire ailleurs, l’être humain n’est, à mon avis, pas l’auteur, le « deus ex machina », de la vie. Mais, de l’autre côté, il me semble primordial que toute personne puisse se donner le droit d’être actrice de son chemin de vie, non pas pour s’illusionner de détenir une baguette magique, mais pour des raisons de dignité et d’estime de soi ainsi que pour rester maître du sens – dans la double acception du mot : direction et signification – de sa vie.  
 
J’aimerais donc développer dans ces lignes les raisons qui, « malgré tout », plaident en faveur de l’accompagnement. Comme on ne parle jamais mieux que de ce que l’on connaît, je me contenterai de témoigner de mon activité de coach indépendant et interne tout en ayant parfois recours à ma propre expérience d’accompagné.
 
Le premier argument est en rapport à la bienveillance dont fait – ou devrait faire – preuve tout accompagnant. Cette posture n’est pas anodine, car elle touche au socle même de l’estime de soi, c’est-à-dire à l’auto-compassion, à l’amour inconditionnel pour soi-même et à la bienveillance à son égard.

Les personnes qui viennent me trouver traversent des moments qui les déstabilisent souvent profondément et qui mettent à mal leur capital de confiance en soi et en la vie : un licenciement, un harcèlement moral ou un burn-out sont autant d’épreuves douloureuses et parfois dévastatrices.
 
Le « témoin lucide » (Alice Miller, Notre corps ne ment jamais, Paris : Flammarion, 2013, p. 16) qu’est le coach, à la fois empathique et extérieur aux émotions de l’autre, permet à la personne accompagnée de trouver la bienveillance et la compréhension nécessaires à la reconstruction de son estime de soi. Le fait de vivre une écoute sans jugement auprès d’un coach est une réelle invitation et un encouragement à rester bienveillant vis-à-vis de soi-même, indépendamment de la situation ou des résultats.
 
La deuxième raison est en lien à l’alliance sur laquelle repose le binôme « accompagné-accompagnant ». Pour l’avoir vécu moi-même au sortir du burn-out, la solitude est parfois abyssale : seules les personnes qui ont traversé la même épreuve peuvent réellement comprendre ce qui nous arrive….et elle ne sont pas légion ou, du moins, ne sont pas faciles à trouver, sauf si on participe à des groupes de parole au sein d’une structure, ce qui n’a pas été mon cas. Pour votre entourage, l’empathie est difficile voire impossible à développer non seulement par l’absence d’une expérience similaire mais aussi et surtout parce que votre état les déstabilise elles aussi, les renvoyant à leurs propres peurs et limites.
 
De pouvoir parler sans crainte d’être jugé à quelqu’un d’extérieur au contexte personnel ou professionnel, en étant assuré que notre vis-à-vis nous accepte telle que nous sommes, est un réel soulagement voire une libération. Et non seulement ce duo nous permet de sortir de l’isolement mais il a également un effet positif sur notre identité et notre dignité, car le coach nous voit comme une personne et non comme un malade, un incompétent ou un raté – des étiquettes qui nous collent très vite à la peau, principalement parce que nous nous les auto-attribuons, aidés en cela par un contexte parfois déshumanisant.
 
Et c’est là que se situe la troisième motivation pour se faire accompagner, et pas des moindres : être d’accord d’être confronté à ses propres incohérences et à sa part de responsabilité dans la situation. « Bienveillant, mais sans complaisance » : telle est une des premières devises du coach que j’ai pu entendre en formation et j’en mesure régulièrement la portée. Car le fait de montrer de la compassion vis-à-vis de la personne coachée n’est pas l’unique garant de l’estime de soi chez elle.
 
Outre le fait d’être « en amitié avec soi-même » (Montaigne), la capacité d’évaluer, d’ « estimer », de la manière la plus objective et honnête qui soit, ses forces et ses faiblesses est une autre composante déterminante de l’estime de soi. Or, tout seul, on ne voit pas tout : il y a les « angles morts » que seul un joueur extérieur à votre propre partie peut identifier et, tel un miroir, vous renvoyer soit en reformulant vos propres mots, soit en vous posant des questions dont le but est de vous en faire prendre conscience ou en vous offrant des « feed-backs » qui sont parfois autant de « feed-claques ».
 
Dans son ouvrage au titre un brin démagogique, « Réussir son coaching. Une approche systémique » (Pearson Education France, 2011, 3 édition), Jaques-Antoine Malarewicz souligne que, dans un processus de coaching, il y a toujours trois acteurs : le coach, le coaché…et le changement. Si l’on s’en tient à l’un des principes de l’approche évoquée, tout système – et l’être humain en est un – a une tendance à l’homéostasie, c’est-à-dire à rétablir l’équilibre perturbé. Le principe de la régression dont parle Dobelli en est d’ailleurs une illustration : quoique l’on fasse, la régulation a lieu.
 
La personne qui vit un changement important, surtout lorsqu’elle le subit, a donc la possibilité d’attendre que la situation s’améliore d’elle-même et de prendre son mal en patience, en espérant des jours meilleurs. Ce qui a comme avantage de laisser la responsabilité du changement à des facteurs extérieurs…et l’énorme désavantage que la personne continue à subir son sort, se positionnant parfois en victime qui attend d’être sauvée par une manne providentielle. Ou qui quitte une situation qu’elle juge défavorable….en risquant fort de retrouver ailleurs ce dont elle fuit le plus le changement : elle-même.
 
La citation de Ludovic Soliman en exergue illustre en très peu de mots ce dilemme auquel tout être humain est confronté au moins une fois dans sa vie. Les personnes qui viennent me trouver ont fait un choix : celui de mieux vivre une situation professionnelle qui les affectent à un tel point que leur équilibre personnel est mis en danger, si ce n’est pas déjà trop tard.
 
Mais cette condition et cette motivation est-elle forcément la garantie d’une volonté de changement chez la personne demandeuse ? Pour le coach et psychiatre français, la réponse n’est pas automatiquement affirmative. Un des dangers pour le coach est d’ailleurs de mourir « par noyade, par étranglement ou par les deux à la fois » (p. 32) : la personne accompagnée inonde le coach d’informations sur le contexte et celui-ci se laisse endormir en jouant le sauveteur qui donne des recettes pour changer la situation plutôt que de diriger – Malarewicz parle de « manipuler » – le coaché vers ce qui va lui permettre de réfléchir aux changements de regard sur la situation et sur lui-même : ses émotions, ses sentiments, ses besoins, ses croyances. Autrement dit, vers son vécu et – c’est là que ça peut être douloureux – vers nos comportements et attitudes qui ont participé de la situation problématique.
 
Car, et c’est là un autre principe systémique, celui de la circularité : « on fait toujours partie du problème…et de la solution ». Il m’a été extrêmement difficile de réaliser puis d’accepter que c’est mon manque de bienveillance vis-à-vis de moi-même, ma loyauté et mon sens du devoir envers toute institution, mon désir de plaire et d’être reconnu, ma culpabilité et mon perfectionnisme qui ont fait de moi ma propre prison, mon propre geôlier et mon propre prisonnier. Non seulement je n’en aurai jamais pris conscience si je n’avais pas été accompagné, mais je me serai probablement enfoncé encore plus dans mon auto-harcèlement.
 
Les « témoins lucides » qu’ont été à la fois ma thérapeute et mon coach m’ont permis de changer. Ou, pour être plus juste, de devenir plus conscient de qui je suis et, donc, de gagner en estime de moi. Je suis en effet d’accord avec Guy Corneau, thérapeute canadien, pour dire qu’on ne change pas vraiment : mes démons et mes ombres ne sont jamais très loin, mais j’ai appris à mieux vivre avec et à les aimer… eux aussi. Et c’est peut-être là le bénéfice le plus important de tout accompagnement, indépendamment du résultat et de l’issue : celui d’avoir accepté une aide qui nous permette de prendre en main notre bonheur, car « être heureux, c'est apprendre à choisir » (Frédéric Lenoir, « Du bonheur. Un voyage philosophique », Paris : Fayard, 2013, p. 39). Et, n’en déplaise à M. Dobelli, choisir veut aussi dire se donner les moyens d’être résilient, c’est-à-dire de transformer une épreuve en merveille.
 
 
 
 
 

Eaude

Posted on 13 December, 2012 at 9:55 Comments comments (3746)
Lors du choix du graphisme du site, plusieurs options se sont présentées à moi. Dont celle que j'ai retenue : l'eau sous forme d'une vague, déferlant lentement ou vite, selon la lecture de chacun. Le choix été évident, clair...comme de l'eau de roche. Mon intuition, cette "intelligence prise de vitesse" (M. Thiébaut) a parlé et j'acceptais de l'écouter.

Quelques jours après ce premier élan, une petite voix - celle de la raison ? - s'est fait entendre et me taraudait avec la lancinante interrogation : "mais pourquoi l'eau ?" Après un harcèlement quotidien, j'ai finalement cédé et me suis penché sur la question.

Dans un premier temps, le lien me semblait aussi évident que l'élan premier : mes vies professionnelles précédentes étaient placées sous le signe de l'eau. Si, pour la natation, la relation saute aux yeux, le parallélisme entre l'élément aquatique et l'enseignement des langues et celui de l'allemand en particulier est plus ardu.

C'est le mot "immersion" qui m'est d'abord venu à l'esprit : un lieu commun partagé par Monsieur et Madame Tout le monde qui veut qu'une langue s'apprend le mieux dans un "bain linguistique". C'est cette représentation première qui m'a poussé, il y a près de 20 ans, à être le pionnier dans le canton de Vaud des animations d'allemand dans les "petites" classes de l'école enfantine et des degrés primaires du canton de Vaud.

Deux décennies et de nombreuses lectures plus tard, ma représentation a évolué : il y a bien des manières d'apprendre une langue et toutes, y compris l'immersion, ont leurs inconvénients et leurs avantages. Le revers de la médaille de la méthode immersive est le risque d'une noyade : certains linguistes parlent d'ailleurs de SOS - Swim...Or Sink !

"Quel lien avec le coaching ?" me direz-vous, à raison. J'aurais été incapable de vous répondre valablement il y a encore un mois. Jusqu'à ce qui je "tombe" nez-à-nez avec une carte artistique exposée dans un carrousel à l'entrée d'une boutique nyonnaise et sur laquelle figurait cette phrase dont l'auteur se trouve être Antoine de Saint-Exupéry :

"Eau, tu n'es pas nécessaire à la vie, tu es la Vie ! Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate". 

Le verbe éclairait l'intuition :

accompagner

  • c'est marcher, le temps de l'accompagnement, à côté du cours d'eau de l'autre sans pour autant quitter sa rivière ; 
  • c'est respecter le rythme auquel s'écoule l'eau de vie de la personne accompagnée tout en identifiant son propre débit ; 
  • c'est la vie qui, comme l'eau, peut être douce ou dure, chaude, tiède ou froide voire gelée ; qui peut vous donner l'impression de "flotter de bonheur", mais peut aussi vous submerger, vous noyer, vous emporter dans ses flots et ses tourbillons, d'autant plus déstabilisants qu'imprévisibles ; vous pouvez aussi vous laisser porter par son courant, alliant légèreté et grâce, mais il arrive également qu'on ait l'impression de nager à contre-courant voire en "eaux profondes", toute action devenant pesante voire impossible ;
  • c'est permettre à l'autre de garder la tête hors de l'eau, d'identifier ce qui peut lui permettre de gagner en liberté et en autonomie pour ne pas se noyer dans les zones de turbulence et pour trouver un nouvel équilibre dans les eaux tempérées, voire de se reposer en se laissant flotter. 

Et, comme pour toute première fois, il faut autant de courage pour commencer un accompagnement quand on n'en a jamais vécu que pour....sauter à l'eau : on anticipe déjà ce que cela pourrait être, réveillant des peurs ancestrales et plus récentes, tout en entrevoyant déjà une source de mieux-être. L'être humain aurait en effet tendance à oublier très vite qu'il est né dans les eaux maternelles et que d'être accompagné peut lui permettre de se ressourcer, de revenir à la source donc, voire de renaître et de se sentir à nouveau plus libre. Comme nettoyé des vieilles eaux.



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