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Le voyage intérieur ou rester en lien avec son « dedans » pour mieux vivre son « dehors ».

Posted on 14 February, 2015 at 12:25 Comments comments (644)


L’homme est un livre. En lui toutes choses sont écrites mais les obscurités ne lui permettent pas de lire cette science à l’intérieur de lui-même. (Mawlana)
 
Donnez-moi la beauté de l'âme, que l'extérieur et l'intérieur soient en harmonie. (Socrate)
 
Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. (Christiane Singer)
 
Rossinière, Hôtel de Ville, samedi 14 février, 14h00. Je découvre ma chambre : simple, chaleureuse, confortable, invitant au « cocooning » et à prendre soin de moi. Comme souvent au début de mes « mini-retraites », une bouffée d’anxiété et un sentiment que je connais bien m’envahissent : la peur de l’ennui. « Mais que vais-je bien pouvoir faire ? » me lance mon mental, toujours à la recherche d’un souci, d’un problème, d’un « os à ronger ». Au lieu de lui céder, je l’accueille et décide…de ne rien faire du tout, si ce n’est de méditer.
 
Assis sur ma chaise de bureau en bois clair, j’observe la position de mon corps ainsi que ma posture – alignement, tensions, raideurs ou détente – et glisse tranquillement vers ma respiration. Doucement, l’émotion qui tenaillait mon ventre et commençait gentiment à occuper mon esprit s’estompe pour s’envoler complètement.

Les nuages du mental se dissipent et laissent la place à une pensée claire et à une réponse qui l’est tout autant : il fait beau dehors et je vais savourer les caresses du soleil sur ma peau, laisser entrer la chaleur en moi et permettre à ma joie de rayonner vers l’extérieur.
 
Un peu plus de sept années après la rupture, je savoure aujourd’hui cette conscience des allers retours indispensables entre le dedans et le dehors, de l’existence de ces deux mondes qui à la fois cohabitent et nécessitent des approches différentes. Comme le soulève de manière pertinente Moussa Nabati (Comment guérir son enfant intérieur, Fayard, 2008, p. 207), « on nous a malheureusement trop appris, tout au long de notre enfance, à nous comporter vis-à-vis du dedans et du dehors exactement de la même manière et en utilisant les mêmes outils. »
 
Les mécanismes dont parle le thérapeute français d’origine iranienne sont de l’ordre de la survie : pour s’adapter, voire se sur-adapter, l’être humain fuit, lutte, combat, résiste, cherche à gagner, convaincre, dominer, (se) prouver. En agissant de la sorte, la personne se trouve dans un effort constant d’extériorisation et néglige une intériorité dont l’accès lui est pourtant possible en adoptant une logique de vie : l’écoute et l’accueil de soi, la détente, la patience, la décélération, le lâcher prise, l’humilité, se laisser porter par la vie et lui faire confiance.
 
Le Samouraï que j’étais il y a encore quelques années n’a pas eu la sagesse de faire la distinction entre ces deux réalités pourtant étroitement imbriquées et s’est lancé dans une course folle dont le but était la réussite sociale de ses personnages de « bon » formateur, de « bon » mari et père. Fort heureusement, mon corps et, donc, mon âme ont parlé pour moi et ont forcé le valeureux guerrier à s’arrêter et à se tourner vers sa vie intérieure, une réalité dont la complexité et l’étrangeté – curieux paradoxe, puisqu’elle est partie intégrante de notre être – peut expliquer la peur qu’inspire son étude.  
 
En effet, le fait de porter son attention aux paysages intérieurs nous dévoile une réalité plurielle. Pour le philosophe français Bertrand Vergely (Deviens qui tu es. Quand les sages grecs nous aident à vivre. Albin Michel, 2014), le voyage au centre de soi est un itinéraire dont les portes s’ouvrent successivement sur des espaces de plus en plus profonds.
 
La première étape de ce voyage nous emmène à la découverte de notre intimité psychologique dont l’enjeu principal est de permettre la distinction entre ce qui vient de mon « dedans » et ce qui est imposé du « dehors ». Ce sont nos émotions, nos motivations, nos envies. Qui pourtant n’existent vraiment que si on a le courage de pousser la deuxième porte qui nous laisse entrevoir notre inconscient et nos blessures d’enfance. Cette étape ne se vit pas seul, elle mérite d’être accompagnée par un-e psychothérapeute, au risque de s’y perdre et de ne plus retrouver le chemin de sortie.
 

Si ce deuxième monde est troublant, la troisième porte nous dévoile une réalité encore plus vertigineuse : notre intériorité spirituelle, dont l’essence même touche à la question du sens de la vie et de la mort. Pour l’avoir visitée et en garder un souvenir nostalgique qui m’habite souvent et me permet de rester en lien avec elle, cette réalité nécessite une mort symbolique, un abandon total de l’ego. Cette nouvelle conscience, cette « co-naissance », nous laisse entrevoir notre Paradis et notre Enfer intérieurs, notre immortalité et notre mortalité. Un éveil qui modifie radicalement notre vision de nous-mêmes, des autres et de la Vie.
 
Dans son ouvrage, La puissance du cœur (2009, la Table Ronde), Jacqueline Kelen tente de cerner cette troisième dimension. L’écrivain française distingue clairement l’intimité, psychologique et reliant de manière horizontale les êtres entre eux, de l’intériorité, spirituelle et dont le lien est éminemment vertical : « passer du stade psychologique au niveau spirituel, c’est passer du nombril au cœur ». Loin des tourments et des passions chers aux romantiques, le cœur désigne, pour l’auteure, le centre de l’être, sa conscience profonde et le « lieu de la connaissance transcendante ». Une destination qui peut déboucher sur l’Absolu qui « n'est pas le plus grand amour mais le plus grand retirement, autrement dit le Rien ». Un endroit habité par le silence, cette « musique de l’âme" (Catherine Bensaid) que nous nous devons d’écouter si nous ne voulons pas nous couper de ce qui est à la fois le plus intime en nous et qui nous appartient le moins.
 
Ce n’est pas sans émotion que je réalise, en écrivant cet article, à quel point le voyage entrepris a été long, douloureux, parsemé d’embûches – mes propres résistances – et, finalement, si riche en apprentissages et en moments vertigineux de joie aussi : pour le dire avec les mots de Gandhi, « le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. » Une Odyssée qui, pourtant, m’invite à l’humilité : mes ombres sont toujours présentes et peuvent, à tout moment, faire irruption et bousculer mes illusions.
 
Il y a cependant une dimension qui restera à jamais gravée dans mon âme, mon esprit et mon corps. Plus qu’un lieu identifiable ou une technique que l’on peut décrire avec précision, il s’agit plutôt d’une intention, d’un désir quasi artistique qui me permet de relier le dedans et le dehors, l’intériorité et l’intimité avec le monde extérieur.
 
Georges Haldas lui donnait le nom d’ « état de Poésie » : cette faculté d’être à l’écoute de « la musique que tout homme porte en soi » (Shakespeare) et de « chercher là-bas de quoi éclairer ici. » (Christian Bobin). Un pays, une couleur, une attitude, un geste : je ne saurais dire exactement en quoi consiste pour moi la poésie.

Ce que  je sais c’est qu’elle me permet de mettre de la lumière là où il y a des ombres ; des couleurs là où il y a grisaille ; du sens là où, apparemment, il en manque ; de l’amour quand tout porte à croire qu’il n’y en a pas ou plus ; de l’espoir quand tout semble perdu ; de la joie quand les larmes coulent, purificatrices.
 
Et ce Mystère, cette Merveille, je compte bien les prendre dans mes bagages pour la suite de mon pèlerinage. Pour vivre le plus souvent l’éternité qui est, comme le dit si bien Fatou Diome, « un bref instant, volé à la vacuité du quotidien, où, soudain, une intense beauté se concentre et s'ancre si profondément en nous que le temps à venir ne peut en éroder le souvenir. L'éternité, c'est cette pleine présence à soi et aux autres lors de ces moments inoubliables. » (Celles qui attendent, Flammarion, 2010).
 
À vous toutes et tous, je vous souhaite d’avoir le courage et l’audace de partir, si ce n’est pas déjà le cas, à la découverte de votre intimité et votre intériorité. Et, pourquoi pas, de vous faire accompagner pour y voir plus clair en laissant une personne extérieure jeter de la lumière sur votre intérieur. Afin de vous aider à avancer « dehors » tout restant en lien permanent avec votre « dedans ».
 
 
Et, à nouveau, un grand MERCI à Félix pour son oeil qui, même s'il s'en défend, fait preuve de poésie en allant chercher, à travers la photographie, dans le  "dehors" ce qui se cache souvent "dedans".
 
 
 

Vivre sa spiritualité : entre l’humain et le divin.

Posted on 27 December, 2014 at 16:21 Comments comments (624)



« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant des expériences spirituelles, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine »
(Robin S. Sharma, « Le moine qui vendit sa Ferrari )
 
« La vie spirituelle n'est peut-être rien d'autre que la vie matérielle accomplie avec soin, calme et plénitude » (Christian Bobin, « La lumière du monde »)
 
 
Les fêtes de Noël, avec leur lot de repas, de cadeaux et de réjouissances, nous font presque oublier la dimension éminemment spirituelle de l’événement. Attablé en face du Lac de Morat en ce samedi 27 décembre 2014, je ressens le besoin de me pencher sur ce que veut dire le mot « spiritualité », que cela soit en lien avec la fête de la naissance de Jésus ou pas.
 
Ma première question concerne le concept de « spiritualité » lui-même : est-il possible de restreindre les réalités plurielles et complexes que couvre le terme par une seule définition ? Je partage la conviction de Marc de Smedt dont il fait état dans une de ses chroniques : « il y a autant de spiritualités qu’il y a d’êtres humains ». Je me contenterai donc de parler de mes représentations pour me permettre d’y voir plus clair dans ce qui m’habite au quotidien : si cela peut aider d’autres personnes à mieux cerner les contours de leur spiritualité, tant mieux – mais je m’en voudrais de faire preuve de prosélytisme en voulant rallier d’autres personnes à une doctrine.
 
Ma vision de la spiritualité est essentiellement humaniste, au sens où l’entend Frédéric Lenoir dans son ouvrage La guérison du monde : l’être humain est fondamentalement religieux, car, si l’on s’en tient à l’étymologie latine du mot, « religere » veut dire « être relié », « être en relation ». Chaque individu est ainsi un microcosme relié au monde, lui-même relié à tous les êtres, vivants (ou morts ?), humains ou non humains.

Cette interdépendance – que l’on retrouve également dans la philosophie bouddhiste, dans les réflexions systémiques ou en physique quantique – donne un sens à mon être là : il est de ma responsabilité de rester relié à moi-même, car, ce faisant, je soigne le lien avec les autres et le monde.
 
Dans leur ouvrage Pour une écologie intérieure, Marie Romanens et Patrick Guérin parlent à leur tour de « reliance », c’est-à-dire de la capacité de dialoguer avec soi, avec ses ombres et ses lumières, pour pouvoir entrer de manière pertinente et constructive en dialogue avec les autres. Dans ce sens, la spiritualité passe par une quête d’intériorité et, pour moi, par des moments de solitude qui me permettent de me recentrer, me « re-sourcer ». Je rejoins ainsi Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste vietnamien, quand il dit que « le véritable processus de paix, c'est de retourner en vous-mêmes, de vous réconcilier avec vous-mêmes et de savoir comment faire face à vos propres difficultés : le désespoir, la suspicion, le peur, la colère. Vous pouvez ensuite passer à la deuxième étape et aider l'autre. » (La paix en soi, la paix en marche)
 
Et c’est là un autre aspect de la spiritualité telle que je la vis au quotidien : accueillir la dualité propre à chaque individu. Car nous sommes doubles. À la fois humains, êtres de chair, de sang, d’émotions et de passions, de peurs et de joies, d’angoisses et d’espérances. Et nous sommes aussi des enfants de la Vie, habités par le silence, la paix intérieure et nos « refuges de l’essentiel » (Marie Lise Labonté).
 

Maître Eckhart, mystique rhénan du 13 et 14 siècle, met d’ailleurs en garde celle ou celui qui entend la spiritualité comme un remède qui anesthésierait les ombres propres à notre humanité : « Si l'homme trouve en Dieu satisfaction, c'est que Dieu n'est pas Dieu ». Car c’est aussi cela, vivre sa spiritualité : être conscient de ses propres contradictions et les accueillir avec amour, car de les juger et de vouloir les éradiquer reviendrait à les renforcer. « Le lotus a besoin de boue pour pousser », nous rappelle Thich Nhat Hanh.
 
Stéphane Allix, journaliste et auteur du livre La mort n’est pas une terre étrangère, nous invite d’ailleurs à nous préparer consciemment à mourir en étant le plus vrais possibles et à ne pas tricher avec nous-mêmes en faisant face à nos émotions négatives et conflictuelles : il vaut mieux les transformer de notre vivant plutôt que se retrouver nez-à-nez avec elles dans nos derniers instants de vie…ou même après ?
 
Maître Eckhart nous renvoie cependant à notre responsabilité qui consiste à ne pas nous laisser envahir par nos créations mentales et humaines : « Dieu nous rend souvent visite, mais la plupart du temps, nous ne sommes pas chez nous. ». « Être chez soi », « retourner en soi » : pour qui s’intéresse à la spiritualité et se penche sur des lectures en lien à la thématique, ces termes reviennent inlassablement. Mais, concrètement, où ce « chez soi » se trouve-t-il ? Et comment y accéder ?
 
Dans son livre, « Vivre sa spiritualité au quotidien », Pierre Pradervand nous rappelle, entre autres, que le mot « spirituel » est dérivé d’un mot latin, « spiritus », signifiant le souffle. Le fait d’être attentif à ma respiration dans tous mes actes me permet donc d’entretenir le Souffle, de maintenir le lien avec la Vie et avec moi-même. Et de rester à l’écoute du « dénominateur commun de toute religion » (Marc de Smedt), le silence qui, comme nous le présente Jacqueline Kelen dans son ouvrage La puissance du cœur, « nettoie et purifie en opérant une distinction entre ce qui est essentiel et ce qui n'est qu'accessoire » et « permet de se délester de l'illusoire, du factice ».
 

Quelques pages plus loin, l’auteure française nous met cependant en garde : la quête du silence a un prix, car « à celui qui a savouré l'ampleur et la fraîcheur du silence, deviennent insupportables les débats et discussions, les réunions de famille autant que les colloques intellectuels : ceux-ci obstruent la source de la Parole au lieu d'en faire entendre les ruissellements. L'être de silence et de solitude a besoin d'air, d'espace, parce que dans le silence et dans la solitude il a fait l'expérience inoubliable du large et de la profondeur. Désormais, tout le reste paraît plat, superficiel, terriblement étroit. ».
 
Il est vrai que les sentiments de décalage et d’ennui m’habitent depuis des années lorsque je me trouve en société ou en famille. Ma crise spirituelle et mon éveil consécutifs à mon burn-out m’ont permis de mettre des mots sur une impression jusqu'alors diffuse et confuse. Et aussi de ne pas tomber dans le jugement en me croyant supérieur, car investi d’un « super pouvoir » : pour moi, vivre sa spiritualité ce n’est pas seulement accueillir sa part humaine avec bienveillance mais également l’humanité des et chez les autres. Humilité, bénédiction, compassion et amour inconditionnel sont donc au rendez-vous……ou devraient l’être : j’avoue ne pas être un saint et que très – trop –  souvent je me surprends à juger, à évaluer et à me mettre parfois dans des états qui me surprennent et me désolent à la fois.
 
Et, dans ces moments, je me dis que je me passerai bien de cette conscience qui m’invite à m’observer, voire même à m’observer quand je m’observe (un principe cher à la méditation de la pleine conscience). Je pourrais en effet me dire, comme Alexandre Jollien à l’issue de son Petit Traité de l’abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, que "vous tournez autour du pot. Vous cherchez la simplicité, l'abandon, la joie. Vous êtes déjà tout cela. Laissez vos questions. Laissez tout de côté et soyez heureux !". Je pourrais aussi me convaincre, comme l’avance Christian Bobin dans la citation en exergue à ce texte, que vivre sa spiritualité c’est agir en étant constamment en paix avec moi-même et le monde.
 
Oui, je pourrai me dire tout cela…mais cela ne serait pas moi. Car, vivre sa spiritualité, c’est, pour moi, se « co-naître », c’est re-naître chaque instant, chaque jour à soi-même. Avec ses joies et ses peines, avec ses forces et sa vulnérabilité. Pour accéder à une plus grande maturité, à plus de sagesse. C’est fêter Noël chaque jour : célébrer la  naissance – avec ses contractions suivies de la lumière – d’un homme à la fois être divin et être humain, . La naissance d’un être spirituel amené à vivre une expérience humaine. Une ascèse, une quête, un pèlerinage, un voyage qui importe plus que la destination elle-même.
 
Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle année 2015, riche en moments d’humanité et de spiritualité, en fonction de ce que chacune et chacun ressent au plus profond de soi-même, dans son silence intérieur. 
 

 NB : Les photographies publiées sur cette page ont toutes été prises par mon fils, Félix, dont je salue la sensibilité : il a trouvé une manière d'exprimer sa spiritualité qui lui correspond. Chapeau fiston !

Être audacieux : la peur au ventre ?

Posted on 15 November, 2014 at 17:18 Comments comments (29)

« La logique vous conduira d'un point A à un point B, l'imagination et l'audace vous conduiront où vous le désirez. » (Albert Einstein)
 
« Ce qui libère, c'est de ne plus avoir peur d'avoir peur. » (Thomas d'Ansembourg)
 
Hasard ou stratégie éditoriale ? Deux revues françaises, Psychologies Magazine et Clés, ont décidé au même moment, soit en octobre 2014, de consacrer un dossier pour la première et un article pour la deuxième à une thématique commune : l’audace. Le monde et tout particulièrement la France en auraient-ils si urgemment besoin pour que ces titres-phare du développement personnel de l’Hexagone se sentent investis de la mission d’en rappeler l’existence ?
 
Pour répondre à cette question, il nous faut d’abord définir ce que signifie être audacieux en nous appuyant sur les articles en question. Pour Elsa Godart, collaboratrice à Psychologies, « l’audace est l’énergie de ceux qui sortent de leur condition » et qui osent affirmer « je suis moi ». Il s’agit donc de se risquer sur des voies nouvelles, de sortir du troupeau, de rompre les rangs, de faire preuve de culot, de faire preuve de subversion et d’anticonformisme.
 
Mais attention : penser que l’audace équivaut à un acte de provocation gratuit et narcissique, histoire d’attirer l’attention et de nourrir son ego serait faire fausse route. La finalité de l’être audacieux est principalement de rechercher un progrès pour soi et/ou pour les autres, une évolution qui s’inscrit dans une recherche de sens. Faire preuve d’audace passe par exprimer ses convictions tout en respectant celles des autres pour devenir ce que l’on veut être – et non ce que les autres aimeraient que l'on soit ou que l'on devienne.
 
Philosophe, chercheur au CNRS et membre du conseil éditorial de Clés, Roger-Pol Droit appuie les propos ci-dessus en citant le « sapere aude » (« ose savoir ») que Kant a emprunté à Horace. Cette devise fait allusion à l’absolue nécessité de penser par soi-même afin de se libérer des conditionnements que la société véhicule au quotidien, que cela soit par les médias, par la publicité ou par d’autres canaux encore plus subtils comme l’éducation, l’école et la formation.
 
En plus de l’esprit qui anime l’audacieux, l’auteur fait également allusion au processus qui en découle : faire preuve d’audace, c’est prendre des risques – certes calculés de manière à éviter soit le « risque zéro » soit l’échec assuré. Des décisions suffisamment déraisonnables toutefois pour que le cœur l’emporte sur la peur et que l’entreprise naisse d’une décision qui pourrait paraître folle à certains…y compris à celle ou celui qui s’y lance.

Car c’est là où réside la puissance de l’audace : « faire que les rêves s’inscrivent dans le réel » et que l’individu – ou le groupe – qui « se jette à l’eau » se donne toutes les chances de s’affirmer au-delà de ce qu’il pense être capable de réaliser.
 
Or, en ces temps où prévalent des valeurs de sécurité, de protection(nisme), de (auto)défense et de contrôle en réponse au climat de peur généralisée, rien n’est moins facile que de faire preuve d’audace. Selon Roger-Pol Droit, le rêve aujourd’hui, c’est d’être à l’abri et le fait de prendre des risques fait peur : n’en court-on déjà pas suffisamment dans la vie de tous les jours, ailleurs plus qu’ici ?
 
Et pourtant. Les personnes dont j’ai la chance d’accompagner les chemins de vie me démontrent le contraire : leur volonté de changer, de se remettre en question et de gagner en liberté individuelle est bien présente. Même si, lorsqu’il s’agit d’aborder leurs valeurs et leurs contre-valeurs, l’audace fait rarement partie de la liste, cette énergie leur est nécessaire, vitale et essentielle. Car, dans l’urgence de vivre, ces personnes ne sont souvent sûres que d’une seule chose : elle ne veulent pas revivre ce qu’elles ont vécu ou ce qu’elles sont en train de vivre.

Après une phase d’accommodation lors de laquelle elles ont correspondu aux attentes des autres et négligé certaines facettes de leur être, elles réalisent qu’elles se sont laissées enfermer, au mieux dans une cage dorée, au pire dans une prison plombée. Et veulent à tout prix s’en libérer en affirmant progressivement et avec force leurs besoins, leurs rêves oubliés ou leurs désirs inassouvis. Ce qui, on s’en doute, ne va pas sans conflits avec leur entourage, personnel et professionnel. Car, que cela soit pour la personne directement concernée ou pour celles qui sont touchées de près par son audace, elles partagent la même émotion : la peur.
 
Pour celui ou celle qui cherche à s’affirmer et à être soi, la peur de revivre des situations plus ou moins traumatisantes représente un extraordinaire moteur et donne une force parfois surhumaine dans des situations pourtant de grande vulnérabilité. Pour ceux qui assistent à l’envol, la peur est doublement présente : d’un côté parce que l’audacieux met à mal leur besoin de sécurité et, de l’autre, parce que de voir l’autre prendre des risques les renvoie à leur propre difficulté d’oser leur vie et, donc, à leurs propres prisons, intérieures ou extérieures.
 
« Pour se libérer, il faut se savoir esclave ». Cette phrase d’Alexandre Jollien tirée de son livre, « Le philosophe nu » me touche particulièrement car elle résume assez bien, à mon sens, l’ambiguïté de l’audace, du moins telle que je l’ai vécue et la vit, soit à titre personnel soit en l’observant chez les autres : la peur est à la fois le principal obstacle et la source première de l’audace.


Ce qui permet de basculer d'une logique à l'autre réside dans la prise de conscience, souvent déclenchée par un facteur interne (maladie, accident) ou externe (licenciement, mobbing, séparation), qui fait tomber le voile et donne à celui qui ouvre les yeux la possibilité de voir au-delà des murs, par delà les limites que nous nous sommes mises ou que nous nous sommes laissées mettre. Et cette perspective est génératrice d’envie, d’en-vie et de vie. Donc d’audace, même embryonnaire.
 
J’aimerai conclure (de manière audacieuse ?) par le partage de deux moments d’émotions.
 
La première situation concerne une de mes clientes à qui les larmes sont montées aux yeux dans le cadre d’une séance d’accompagnement autour de la gestion du temps, lorsqu'elle prend conscience qu’elle ne se donne pas (ou pas assez) de permissions. À ma question qui l’interroge sur comment elle se sent à ce moment-là, elle répond, la voix quelque peu tremblante : « Ça fait envie ! ». Un petit pan de mur intérieur venait de tomber, faisant émerger le désir de découvrir la nouveauté…ainsi que la peur de l’inconnu.
 
Le deuxième épisode concerne l’émission Vacarme du 5 septembre dernier (http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/vacarme/6083580-vacarme-du-05-09-2014.html) lors de laquelle j’ai témoigné de mon expérience du burn-out. À son écoute, j’ai pleuré de joie, certes, mais surtout parce que je me suis souvenu – et mon corps avec moi – des crises de panique et d’angoisse quotidiennes, de l’anxiété et des peurs qui m’ont tenaillé le ventre (et le terme « tenaillé » n’est vraiment pas usurpé) tout au long des années qui ont suivi la « rupture ». Et qui sont à l’origine de l’audace dont j’ai fait preuve depuis 2008. Beaucoup de personnes me disent que je peux en être fier. Je le suis, mais ce n’est pas ce sentiment-là qui prévaut, mais bien la peur, omniprésente : celle de me laisser à nouveau enfermer dans d’autres prisons. L’audace est donc plus que jamais de mise.
 
Je vous souhaite à toutes et à tous d’être audacieux et d’avoir la force, pour cela, d’accueillir vos peurs les plus enfouies : elles seront vos plus précieuses alliées.

Être seul ensemble

Posted on 10 August, 2014 at 8:31 Comments comments (80)
Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font.
(Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, Paris : Grasset, 1937, p. 61)

L’équilibre réside dans le fait d’être seul en étant accompagné et accompagné en étant seul
(Guy Corneau)

Comme j’ai pu l’expliquer dans certains de mes textes précédents, j’ai pris l’habitude, depuis 2009, de me retirer du monde lors de mini-retraites mensuelles et à l’occasion d’une parenthèse annuelle de 4 à 6 jours. Cette année, la vie m’a invité à me rendre à l’ermitage de Pierre Pradervand à la Bréona, au dessus de la Forclaz en Valais (Pour plus d’informations : http://www.vivreautrement.ch/ateliers/prochains-ateliers/evenement/6-ermitage-ermitage-d-ete-de-breona-val-d-herens).

Pierre y accueille depuis plusieurs années des personnes venant des quatre coins du monde afin de leur permettre de re-découvrir la plus grande richesse qu’elles puissent posséder : les (res)sources qu’elles ont en elles-mêmes. Des moments communs de méditation, de partage autour de lectures, de films, de repas – préparés principalement par l’hôte et/ou par des participants désireux de le faire, en l’occurrence Manuela lors de mon séjour – alternent avec de nombreuses plages pendant lesquelles chacune et chacun savoure la vie de la manière qui lui convient le mieux : lecture, discussions, écriture, ballades, sieste, jeux,…

Le chalet « Le silence qui chante » peut héberger jusqu’à quatorze personnes, logées principalement dans un dortoir ou dans deux chambres, et se situe dans un cadre on ne peut plus idyllique : les Mayens de la Bréona, dans le Val d’Hérens. Depuis ce lieu, on distingue le glacier de Ferpècle, la Dent Blanche et, au fond de la vallée, la rivière de la Borgne qui accueille avec bonheur l’eau des nombreux torrents qui sillonnent les pentes boisées ou herbeuses des montagnes.

Arrivé à destination, sac à dos comme souvent trop chargé sur les épaules et après deux heures de marche depuis les Haudères, j’ai eu l’impression de me retrouver aux origines de la terre : mis à part les quelques mayens et la présence lointaine d’une petite route ainsi que d’un pont situés au fin fond de la vallée, la nature est vierge de toute trace de civilisation. La myriade de fleurs et de plantes forme, tel un tableau pointilliste, un ensemble à la fois disparate et cohérent ; le chant intermittent des oiseaux ainsi que le grondement continu du torrent adjacent au chalet interprètent une partition qui semble avoir été composée non pas pour mais par eux.

Aux dires de Pierre, son chalet – dont la genèse relève du conte de fée – est situé sur un des points d’acupuncture de la planète, au croisement de champs magnétiques dont l’énergie influence les vibrations des personnes qui y séjournent. Il y a encore quelques années, j’aurai souri avec une certaine condescendance à ce qui n’étaient alors pour moi que des théories fumeuses. Aujourd’hui, fort de mon expérience et de mon vécu, je ne peux que confirmer ces propos : tout est énergie et l’être humain, véritable « poussière d’étoiles » (Hubert Reeves) n’est qu’une parcelle ou particule d’un ensemble qui le dépasse et le contient.

C’est donc dans cet environnement propice au ressourcement physique, psychique et spirituel que je me suis retrouvé…non sans quelques craintes, je l’avoue. En effet, l’objectif principal de mes retraites est de m’exercer à l’art du « solitaire solidaire », dans une solitude choisie destinée à accorder mon « violon intérieur » pour que celui-ci puisse à nouveau jouer de manière claire et distincte dans l’orchestre des interactions « mondaines ». Une discipline qui vise également à me protéger de moi-même, notamment de ma tendance à être (hyper)disponible, à l’écoute, serviable, accueillant….et d’oublier mes besoins et mes désirs au bord du chemin.

Or, même si la « formule » proposée par Pierre Pradervand porte le nom d’ « ermitage » et que le silence est, en principe, de rigueur, j’ai très rapidement fait le constat que ce besoin de solitude ne pourrait être couvert, du moins pas de la manière dont je l’imaginais. Rien qu’à l’idée de devoir partager un espace restreint – vu d’en haut, le mayen ne semble guère plus grand qu’un mouchoir de poche – avec un peu plus de dix personnes me semblait un défi insurmontable.

Et ce ne sont ni les conditions météorologiques d’un mois de juillet à la pluviométrie record, ni la hauteur – pour moi lilliputienne – des poutres de la maison ainsi que du toit du dortoir et encore moins l’absence provisoire d’électricité qui allaient m’aider à calmer le cortège des angoisses de mon enfant intérieur – claustrophobie, hypocondrie, timidité, peur du manque – sans parler de mes autres ombres.


Pourtant, j’y suis resté et avec beaucoup de bonheur. L’accueil chaleureux de toutes les personnes présentes ainsi que l’extraordinaire disponibilité et générosité de Pierre m’ont aidé à dépasser mes propres obstacles et à me libérer de ce qui aurait pu devenir ma propre prison. Je me suis réellement senti accompagné. Notre hôte m’a d’ailleurs très rapidement proposé de préciser mes attentes et mes besoins vis-à-vis du groupe. J’ai été le plus honnête possible et j’ai pu constater, tout au long du séjour, à quel point mes propos avaient été entendus et accueillis avec bienveillance et non-jugement par tous.

C’est ainsi que, « malgré » le groupe, j’ai pu habiter des moments de réelle solitude. Des espaces-temps que j’ai vécus comme une véritable consolation. Au sens propre du terme « consoler » veut en effet dire « être seul avec » et c’est cette couleur qui dépeint le mieux ce que j’ai ressenti : un accompagnement par le groupe de mon besoin de solitude dans le respect d’une distance ni trop proche ni trop lointaine – une « distance sacrée » dirait Bobin – , dans un esprit à la fois de différenciation – en références aux différences existantes entre chaque personne – et de « sourde fraternité » (G. Haldas) constituée de tout ce que nous avons en commun : les émotions, les espoirs, les rêves et les désirs.

Comme dans toute étape propre au changement intérieur, il est sans doute trop tôt pour dire ce qui a « bougé » en moi et en quoi ces (presque) 4 jours ont participé à ma transformation : tel le petit Poucet, mon corps, mon esprit et mon âme sèmeront leurs cailloux de sens tout au long du chemin à venir.

Une chose est sûre cependant depuis mon retour en plaine et au monde : mon besoin, déjà bien présent avant mais dont j’ai encore plus pris conscience, de prendre les personnes que j’aime dans mes bras et de les serrer contre moi (pas trop fort, quand-même). Une manière simple, vraie, silencieuse, profonde, énergisante et ressourçante d’être « seul ensemble », de partager deux solitudes sans qu’elles fassent nécessairement « un » mais se relient en elles-mêmes, à elles-mêmes et à l’Autre.

Un merci du fond du cœur à Pierre et à toutes les personnes présentes entre le 28 et le 31 juillet 2014 : elles se reconnaîtront.


Le texte du corps, le corps du texte

Posted on 5 June, 2014 at 17:36 Comments comments (498)
« Der Körper ist der Handschuh der Seele » (Annelie Keil)
 
« Le paradis, c'est peut-être d'être sans défense sans se sentir menacé : l’écriture permet cela » (Christian Bobin)
 
La lecture toute récente du livre de Laurence Tardieu, L’écriture et la vie, (Editions Des Busclats, 2013) ainsi que la magie du lieu où je me trouve pour ma « mini-retraite » mensuelle – la Maison des Anges : à découvrir de toute urgence ! – m’encouragent à me pencher sur deux compagnons de route indispensables depuis 2008 : mon corps et l’écriture.
 
La relation que j’entretiens à mon corps a toujours été ambiguë. D’une part, je lui porte une certaine attention par un minimum d’exercice physique, des soins réguliers et un choix vestimentaire susceptible de le mettre discrètement en valeur. De l’autre, pourtant, je n’ai jamais été tendre avec lui et porte parfois encore aujourd’hui un regard jugeant et critique sur mon enveloppe charnelle.
 
Mon manque de bienveillance vis-à-vis de ce que St François d’Assise appelait son « frère âne » – à qui le saint homme demande d’ailleurs pardon à la fin de sa vie pour l’avoir tant maltraité – m’a sans aucun doute conduit à l’épuisement : non content de concilier une vie professionnelle trépidante et une vie privée « normale » (marié, deux enfants…et tout ce qui va avec), je m’astreignais à 3-4 heures hebdomadaires de fitness…le matin entre 7h et 8h. Pure folie, quand j’y repense aujourd’hui. Un choix qui, à l’époque, me semblait pourtant logique et censé, ancien sportif de compétition que j’étais. Ou plutôt que je m’illusionnais d’être encore.
 
Ainsi ignoré et violenté, mon corps a implosé : mon système nerveux a tout simplement mis un terme à ma course effrénée. Et ne m’a ensuite plus lâché : vertiges, jambes et bras insensibles, tachycardies, maux de ventre inexpliqués (Les médecins consultés me disaient tous : « Vous allez très bien, Monsieur Mack, vous êtes juste malade ») sans parler des crises de calcul rénaux et biliaires ainsi que des mots de dos omniprésents. Même si aujourd’hui, plus de six ans après mon burn-out, les symptômes neurologiques et/ou psychosomatiques ont soit disparus ou sont moins insistants, mon corps reste un précieux allié.
 
À en croire plusieurs auteurs, « notre corps aime la vérité » (David Servan-Schreiber) et « notre corps ne ment jamais » (Alice Miller). Emportés par le courant, les rapides et les cascades de notre vie temporelle, nous sommes souvent coupés de nous-mêmes, incapables de considérer que notre corps et notre âme ne font qu’un, ignorant avec superbe et inconscience les signaux pourtant palpables que notre « gant de l’âme » nous envoie. Même la sagesse populaire nous rappelle sans cesse l’évidence : ce n’est pas pour rien que l’on en a « plein le dos », qu’une situation ou une personne nous « casse les pieds », qu’on « se prend la tête », qu’on a « le cœur gros »…quand on a pas carrément « la peur au ventre » même quand on a « les reins solides ».
 
Notre corps nous parle en effet sans arrêt. Il nous renvoie une vérité, notre vérité. Et, plus nous nous mentons et plus nous faisons la « sourde oreille », plus il se fait entendre. Jusqu’au jour où, de guerre lasse, il prend le dessus et nous sommes de nous arrêter. En utilisant un langage parfois définitif.
 
En ce qui me concerne, le choc et le traumatisme suite à mon burn-out ont été si importants que, dans les premiers temps du moins, je frisais l’hypocondrie : à chaque début de douleur, j’angoissais et craignais la rechute. Si cette peur s’est aujourd’hui apaisée, je consulte très souvent Le grand dictionnaire des malaises et des maladies de Jacques Martel afin, d’une part, de faire des hypothèses sur les origines des douleurs qui m’empêchent de vivre sereinement et, d’autre part, introduire les modifications nécessaires dans ma vie ­– changements de comportements ou d’attitudes, voire de situations – et réguler ce qui est en mon pouvoir. Mon corps est donc un coach de vie au quotidien : il est un miroir de mes états d’âme et, de par son langage indirect nécessitant un décodage, il m’oblige à me questionner sans cesse sur mes choix, à rester à son écoute avec bienveillance et patience. Sans pourtant tomber dans la crispation : un rhume n’est parfois…qu’un simple rhume.
 
Si le corps me signale à sa manière que je cours le risque de quitter mon chemin de vie, l’écriture, elle, représente à la fois une médecine préventive et curative sur ce même tracé. Grâce à l’acte d’écrire, que cela soit quasi quotidiennement dans mon journal de vie ou une fois par mois pour mon blog, je me sens unifié : écrire me fait vibrer intégralement, sollicitant à la fois mon corps, mon âme et mon esprit.

L’écriture me libère et me pacifie, me réconcilie avec mes blessures. Car elle me permet d’en prendre soin.
 
Quand je pose ma plume sur les pages vierges de mon carnet ou mes doigts sur le clavier de mon ordinateur, je suis dans une autre dimension : l’espace-temps habituel s’efface pour laisser place à un monde où tout me semble possible, où je me sens libre, sans entraves. À la fois dans une grande verticalité, relié à moi-même, et une horizontalité ouverte, reliée aux autres et au monde qui m’entoure. Où je parle de moi, de mon vécu, des mes émotions, de mes erreurs, de ma vulnérabilité, des mes apprentissages, des beautés et des horreurs, des états de grâce et des petits enfers en moi et à l’extérieur de moi. Sans pour autant, je l’espère du fond du cœur, tomber dans l’auto-contemplation narcissique : chaque mot, chaque phrase aimerait être à la fois porteuse de vérité – non pas LA vérité mais ma vérité du moment, amenée à se déplacer – et porteuse de sens pour la ou les personnes qui me lisent. Car, en parlant de moi, je mets des mots sur les maux des autres.
 
Car il s’agit bien, pour le corps comme pour l’écriture, d’être vrais. De ne pas ou de ne plus tricher. D’assumer ses forces et ses limites. De ne pas vouloir être beaux pour être aimés mais être au plus près de son âme, quitte à déplaire parfois. Le texte du corps écrit cette vérité avec son langage dans sa propre chair et l’écriture nous permet de donner corps non seulement au texte, mais, à travers lui, à ce qui se trouve tout au fond de nous, ce « magma dans lequel puise tout écrivain (…) et qui permet le jaillissement de l’écriture » (Laurence Tardieu, p. 86), une matière instable et dynamique faite de lumière et d’ombres, de fleurs et de boue, de certitudes et de doutes.
 
Le corps comme l’écriture nous font sentir vivants. Or vivre est une prise de risques permanente. L’écoute de notre corps et le pari de l’écriture ne sont donc pas sans dangers. Mus par leur amour de la vérité, ils nous invitent tous deux à mettre le doigt « là ou ça fait mal » – au propre comme au figuré. Et, de plus, le langage corporel et écrit, si on en a le courage, nous initient à une quête sans fin : celle du sens de la vie et de notre vie. Une recherche dont l’amour ne devrait pas être absent. Que seraient en effet le texte du corps – ce langage d’autant plus complexe à déchiffrer qu’on a peur de le comprendre – et le corps du texte sans bienveillance et non jugement ?  N’oublions pas que nous sommes souvent nos propres ennemis et que tout outil dépend de l’intention que nous mettons dans son utilisation. Et que, sans amour, tant le corps et l’écriture peuvent se retourner contre nous. 



Toutes les photographies utilisées pour illustrer ce texte sont de Anne Deniau et tirées de la page internet http://lemotetlachose.blog.lemonde.fr/2013/08/21/a-la-rencontre-danne-deniau-image-mover/

Être ou ne pas être : et si ce n’était pas la bonne question ?

Posted on 10 February, 2014 at 3:12 Comments comments (0)

À l’interrogation: « Que faites-vous aujourd’hui ? », Paul Valéry répondait volontiers « Je réinvente ma vie »
 
« La vie est insupportable, mais le pire c’est qu’elle s’arrête » (Woody Allen)
 
En me promenant au bord du lac ce matin, le besoin de parler de ma relation à la mort m’est apparu comme une évidence, un élan de vie. Mais comment aborder ce sujet délicat voir tabou sans tomber dans le pathos ou la mièvrerie ? Mon mental s’est alors mis en route et a failli faire capoter le projet. Je me suis alors souvenu de cette très belle phrase de François Cheng dans ses Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie (Albin Michel, 2013, p. 48) :
 
« De fait nous n’obtiendrons pas la Vérité, qui ne peut se posséder, mais ce qui nous importe avant tout, c’est d’être vrais : lorsqu’on est vrai, au moins a-t-on une chance non pas d’avoir la Vérité, mais d’être dans la Vérité »
 
J’essayerai donc, le moins maladroitement possible, d’être vrai.
 
Pendant près d’une année, entre 2007 et 2008, la qualité de mes nuits s’est progressivement détériorée : réveils nocturnes, incapacité de pacifier mon mental si ce n’est en me levant et en me mettant à mon bureau pour travailler. Mes errances nocturnes étaient également hantées par des rêves ou plutôt des cauchemars : je voyais et revoyais des personnes proches passer de vie à trépas. Je sais aujourd’hui que ces visions étaient annonciatrices d’une mort symbolique et marquaient le début d’une étape de transition de vie. Mais, à l’époque, le seul souvenir de ces nuits me terrorisait.
 
De janvier à décembre 2008, la mort ne me préoccupait plus uniquement pendant le sommeil, mais également en pleine journée : crises de panique, spasmes dont les signaux ressemblaient à ceux d’une crise cardiaque, vertiges à la limite de la perte de conscience. Je ne savais jamais, lorsque je sortais de la maison, si j’allais revenir vivant ou pas et gardait toujours mon téléphone portable sur moi, au cas où…
 
Dès janvier 2009 et pendant près de trois ans, la peur de mourir laissa progressivement la place à la tentation, parfois extrême, d’en finir avec la vie. Et de me jeter dans les bras de cette mort que je craignais à un tel point que ma suractivité professionnelle représentait sans doute une tentative désespérée d’anesthésier cette peur. Tel le Werther de Goethe, je ne voyais plus le sens de mon pèlerinage ici-bas et pensait paradoxalement que mourir serait une manière de mieux vivre : je n’arrivais pas à faire le deuil de celui que j’avais été et m’accrochais désespérément à ce passé que je savais cependant devoir quitter pour mieux renaître.
 
Dans un de ses ouvrages, Christiane Singer demande au lecteur pourquoi il devrait avoir peur de la mort, puisqu’elle est là, sous ses pieds. Je peux le confirmer : à plusieurs reprises, j’ai senti le sol se dérober, comme si un énorme trou s’ouvrait dans le sol, et je m’accrochai alors à…une brosse à dents quand je me trouvais à la salle de bain ou à un caddy dans un centre commercial. Autant dire que cette présence était continue et m’accompagnait au quotidien.
 
Je n’arrive aujourd’hui pas à identifier à partir de quand ce compagnonnage, au début terrifiant, a changé de couleur et de nature, pour devenir un atout, une force de vie. Probablement que les deux énergies ont cohabités et que, peu à peu, j’ai apprivoisé la mort pour en faire une précieuse alliée que je consulte très souvent et qui me sert de miroir critique.

Frédéric Lenoir, dans son Petit traité de vie intérieure (Plon, 2010, p. 165-166) exprime à sa manière cette art de vivre :
 
« Le sage est celui qui s'est préparé à la mort. J'attends par "préparation" le fait d'agir tout au long de sa vie de telle sorte que lorsqu'advient le moment de notre mort, nous pouvons nous en aller sans regrets, avec le sentiment d'avoir accompli cette vie le mieux possible, d'avoir "bien vécu", c'est-à-dire d'avoir mené une existence juste, droite, bonne ; d'avoir été, autant que possible, dans le vrai. Car il est terrible de mourir avec le regret d'avoir gâché sa vie. Chaque matin, je me prépare à ma mort, mais à la manière de Spinoza, pour qui « l'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie ».
 
Selon Montaigne, « philosopher c’est apprendre à mourir ». Si, pour l’Occident, la mort est opposée à la vie, la philosophie orientale lui oppose la naissance : naître et mourir sont en effet les deux moments-clés de la vie. Et, à en croire les témoignages que relate Stéphane Allix dans La mort n’est pas une terre étrangère (Albin Michel, 2011, 2 édition), seul notre corps meurt réellement, la vie commençant bien avant la naissance et continuant après la mort.
 
Concrètement, accepter la présence de la mort au quotidien revient à faire des choix, à s’inscrire dans une logique non de survie mais de vie, à être acteur de son existence plus que d’y assister tel un spectateur subissant parfois un programme dépourvu de sens. C’est faire preuve de l’inventivité dont parle Paul Valéry en exergue et cela à deux niveaux : dans l’agir et le non-agir.
 
L’agir en regard de l’inéluctable échéance revient, pour moi, à dire « non », tant que faire se peut, à tout ce qui ne nourrit pas mon âme, à tout ce qui me fait perdre mon temps et, donc, ma vie. Et de dessiner mes journées en utilisant des couleurs, des traits et des matériaux qui font sens pour moi. Cela m’oblige à rester à l’écoute de mon corps, de mes émotions et de mes besoins. Et de dialoguer avec mon intuition, cette voix de l’âme qui me rappelle à mes priorités. Sans pour autant oublier la raison : si l’âme nous relie à l’intime, l’esprit contribue à relier l’individu au monde. Comme le dit si bien François Cheng : « l’esprit se meut, l’âme s’émeut ; l’esprit raisonne, l’âme résonne » (« Âme », dans la revue Europe, n°1000, 2012).
 
Dans un monde occidental vivant dans la surabondance de biens et s’enlisant dans une période historique que l’on pourrait qualifier d ‘ « âge du faire », je soigne ce que j’appelle l’ « audace du peu », rejoignant en cela la proposition de « sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi ainsi que la devise de Cervantès, « je désire beaucoup et me contente de peu » : je tente de me concentrer sur l’essentiel et de n’être « excellent qu’à 70% » (Catherine Vasey), en gardant à l’esprit la finalité de l’activité dans laquelle je m’investis afin de me désencombrer du superflu. Ce choix ne me permet pas seulement de préserver au quotidien des oasis de paix, d’intériorité et de méditation, mais également d’agir avec une certaine lenteur, avec minutie (ou l’art de vivre pleinement la minute présente) et en étant le plus possible accordé, en résonnance avec mon être profond et mes « étoiles » ainsi qu’avec le monde qui m’entoure.
 
Si l’agir oriente mes choix et donne une direction à ma vie, le non-agir, lui, se situe dans la signification que je lui donne. L’action du peintre résulte en une manifestation visible, mais c’est la profondeur et l’intention de l’artiste qui donne réellement vie au tableau. Mes choix ne sont donc vivants que si je les habite avec conscience, avec amour et avec « joui-sens » (François Cheng) : mon esprit, mon âme et mon corps s’impliquent et, dans les moments de grâce, vibrent à l’unisson.
 
Alors, « l'absolu est dans le relatif, l'extraordinaire dans l'ordinaire » (Lytta Basset, Aimer sans dévorer, Albin Michel, 2010, p. 229) : une flamme de bougie devient soleil et chaleur, un sourire d’enfant illumine toute une journée pluvieuse, un vol de cygne vous donne des ailes et un bourgeon fait monter en vous une irrésistible envie de faire l’amour.

Car, en effet, « la mort invite à un effort pour sortir au moins de notre condition ordinaire et cet effort à un nom : la passion » (François Cheng, Cinq méditations sur la mort, p. 59), un amour pour la vie qui passe par la nécessité de s’abandonner, de faire confiance à cette existence dont on sait qu’elle nous conduira avec certitude vers son terme, biologique du moins.
 
Se préparer consciemment à mourir c’est aussi dire « oui » à la vie, quoiqu’elle nous réserve, une affirmation pleine de gratitude : une fois que l’on a accepté son immortalité comme étant une opportunité et non une fatalité, force est de constater que la vie se présente à nous sous les attraits d’un cadeau que l’ « on devrait tout le temps vivre en état de miracle » (Georges Haldas, L’échec fertile. Paroles d’Aube, p. 30).
 
Après l’avoir fuie puis désirée, la mort est donc devenue aujourd’hui une fidèle compagne, un « coach de vie » qui me questionne, m’interroge, me renvoie à ma vérité tout en débusquant le moindre mensonge. Elle m’invite à la fois à me dépasser en me rappelant les rêves que je n’ai pas encore vécus et, en même temps, m’encourage à rester humble : le fait de pouvoir réinventer ma vie jour après jour afin de lui donner un sens ne doit en effet pas me faire oublier que je ne maîtrise pas ma vie, que je ne suis qu’une porte, un passeur au service d’une énergie et d’un mystère qui à la fois me dépassent et légitiment mon existence.
 
« Être ou ne pas être » ….Et si la fameuse question que pose Hamlet dans le drame éponyme de Shakespeare n’était pas plutôt « être et ne pas être » ? Pour que nous soyons pleinement, pour réinventer cette vie qui, comme le dit Woody Allen, est parfois insupportable, ne faut-il pas passer par l’acceptation de notre propre finitude, quand nous ne serons plus ? J’invite chacun et chacune à s’interroger….et à créer sa vie en fonction de ses propres réponses.
 
 
 

Du funambulisme et de la vulnérabilité

Posted on 30 November, 2013 at 17:28 Comments comments (891)

« Il y a deux sortes de gens. Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent. Et il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur l'arête de la vie. Il y a les acteurs. Et il y a les funambules. »
(Maxence Fermine. Neige)
 
Dans l’ouvrage de Marguerite Yourcenar consacré aux Mémoires d’Hadrien, l’empereur romain, sentant la proximité du terme de sa vie, se demande qui, du Titan ou de l’Olympien, a dominé l’autre en lui. Chacun pourra s’approprier cette question en fonction de son expérience. En ce qui me concerne, cette interrogation et la tentative d’y répondre m’accompagnent au quotidien.
 
Mais qu’est-ce qu’un Titan ? Il est cette part de moi qui m’a poussé à rechercher la reconnaissance et le regard des autres en relevant des défis dépassant parfois mes compétences du moment ; il est également celui, héroïque, qui a affronté les changements, les incohérences, les inquiétudes, les doutes avec panache, sans broncher, ignorant les affres dans lesquels il était lui-même plongé pour être le plus disponible possible, toujours souriant et positif ; il est aussi ce regard sévère et parfois jugeant porté sur moi-même et sur les autres, chroniquement insatisfait et impatient, en quête si ce n’est de perfection du moins d’excellence à 100%....au moins ; et il est de plus celui qui aime être au centre, se sentir ou, pire, se rendre indispensable, briller, faire rire, manipuler, attirer l’attention afin de nourrir son  grain de narcissisme. Il aime le plaisir, l’immédiateté, le bruit du mental, le nomadisme, le changement, la vitesse, le fait de jongler avec plusieurs tâches et casquettes. Et il déteste l’ennui.
 
Mais il est aussi un géant aux pieds d’argile, pouvant s’écrouler après avoir trébuché sur l’obstacle, laissant s’ouvrir la boîte de Pandore si longtemps fermée pour en laisser sortir toutes les peurs, angoisses, anxiétés et colères si longtemps dissimulées, se laissant envahir par cette cohorte d’émotions inconnues et pourtant si familières, incapable d’avancer, de bouger et d’agir. Il est le frère jumeau d’Icare qui tombe après s’être brûlé les ailes, à force d’avoir voulu jouer avec ses propres limites et celles que la vie lui a données.
 


Et l’Olympien ? C’est lui qui me réclame paix, silence et immobilisme. Il est cette part de moi qui me permet de me sentir relié au monde, visible et invisible, par la simple vision d’une fleur ou d’un sourire d’enfant, qui est touché au plus profond de lui-même par la caresse du vent, d’une femme ou d’un vin, qui pleure de joie en entendant un chant d’oiseau. Celui qui, dans les moments de doutes, de souffrance et de désarroi, me permet de garder la tête en dehors de l’eau, de maintenir le cap et d’entretenir la flammèche, presque invisible parfois, de la confiance et du courage. C’est à la fois la part la plus intime de moi et celle qui m’appartient le moins, le centre de mon être. Il aime la solitude – non celle qui éloigne mais celle qui me relie, en une « sourde fraternité » (Georges Haldas), avec les autres et avec la vie – et m’entraîne à devenir de plus en plus un solitaire solidaire.
 
La cohabitation de ces deux forces, inquiète pour le premier et tranquille pour le deuxième, ne se fait pas sans heurts. Elle est même souvent la cause de vertiges, symboliques ou réels, ainsi que d’errances dans les méandres de mon monde intérieur. Et elle est à la source même de ma recherche d’un équilibre tant intérieur qu’extérieur. De mon funambulisme sur le fil de la vie.
 

Si, jusqu’à mon burn-out, je peux dire que le Titan a largement profité de l’énergie de l’Olympien pour satisfaire ses envies, vivre ses folies et atteindre les buts qu’il s’était fixé, il en est autrement aujourd’hui.
 
J’essaie en effet, souvent très maladroitement, de mettre l’énergie du Titan au service de celle de l’Olympien. En privilégiant la lenteur à la vitesse, la concentration à la dispersion, la réflexion à l’action, le silence à la parole, l’intériorité à l’extériorité, le sourire au rire, la sobriété à l’abondance, l’audace du peu à la boulimie, la qualité à la quantité, l’humilité à la réussite. Et, la réside probablement l’enjeu majeur, en osant vivre ma vulnérabilité afin de me défaire progressivement de l’illusion de la maîtrise et du mensonge de la toute puissance, les deux folies principales du Titan.
 
Je ne parle pas de cette fausse vulnérabilité, de cette authenticité feinte qui envahit de plus en plus nos vies par le truchement des médias et qui consiste à déballer et à nous imposer, dans une impudeur chronique, toutes les émotions avec pathos, dans une effusion frisant la crise de nerfs, individuelle ou collective. Vivre sa vulnérabilité signifie pour moi être capable, d’une part, d’accepter mon funambulisme et son côté parfois inconfortable et déstabilisant et, d’autre part, d’offrir en toute humilité ma recherche d’équilibre aux autres et, donc, de partager mes émotions, mes besoins, mes doutes, mes incertitudes et mes interrogations sans avoir peur du regard jugeant, que cela soit celui des autres ou….le mien.

 
Cette quête et cette recherche n’en sont qu’à leurs débuts : souvent mon Titan reprend le dessus et l’Olympien peine à se faire entendre, silencieux dans une débauche de bruit et d’agitation. Mais le mouvement est initié et mes expériences tant personnelles que professionnelles m’indiquent clairement que ce chemin est, pour moi, le bon.
 


Je suis en effet profondément convaincu que si « les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent, ils se ressemblent par ce qu’ils cachent » (Paul Valéry) et que la vulnérabilité est essentielle à une bonne estime de soi. De plus, la vulnérabilité contribue à donner un sens créatif à la vie, même si elle ne rend pas celle-ci plus confortable ou plus sûre (Voir à ce sujet la vidéo de Brene Brown, chercheuse en psychologie, sur http://www.ted.com/talks/lang/fr/brene_brown_on_vulnerability.html). Et, au lieu d’être à la recherche d’un paradis perdu ou de vivre dans l’espérance d’un paradis à venir, « le paradis c'est peut-être d'être sans défense sans se sentir menacé » (Christian Bobin). Ici et maintenant. Et d’accepter d’être. Simplement. Sans vouloir être plus que, moins que ou quelqu’un d’autre. Sans se sentir coupables d’être imparfaits. Et de pouvoir dire merci à la vie d’être et d’exister. En toute incomplétude.
 
Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne suite de chemin, de belles fêtes de Noël et une année 2014 qui vous permette d’être pleinement celle ou celui que vous êtes, avec vos forces et vos faiblesses, vos lumières et vos ombres, vos doutes et vos certitudes, votre Titan et votre Olympien.
 
 
 
 
 
 

Question de sens et d’essence.

Posted on 10 November, 2013 at 10:53 Comments comments (1111)

Réussir sa vie, c’est être de telle manière que sa seule présence permet aux autres de découvrir un sens à leur vie et à la vie
(Georges Haldas)
 
Depuis quelques années déjà et sans attendre que la vie m’oblige à trouver une réponse à la question, je me demandais ce que j’étais en train de réussir : ma carrière ou ma vie. Contraint à l’arrêt, j’ai dû me rendre à l’évidence que la manière dont j’essayais de solutionner ce dilemme n’était pas satisfaisante : la définition que je donnais au mot « réussir » était en effet incomplète.
 
Pendant des années, la réussite consistait pour moi principalement à donner un sens, une direction à mes projets, qu’ils soient professionnels ou privés, en me fixant des objectifs et en me donnant les moyens de les atteindre de la manière la plus efficiente (au niveau de la qualité des processus) et efficace (mesurable au degré d’atteinte des buts visés). Une perspective prioritairement réglée sur un axe horizontal et unidimensionnel.
 
Aujourd’hui, la définition de ce qu’est « réussir ma vie » s’est enrichie d’une autre dimension, plus essentielle : vivre le présent. Si les projets permettent de donner un sens en indiquant une direction à suivre, ils ne sont, à mes yeux, que des coquilles vides s’ils ne sont pas habités par le sens, par la signification que l’on donne à son « être-là ». À l’axe horizontal de la projection s’ajoute donc un axe vertical : celui de la capacité d’être présent à soi-même, car, pour le dire avec les mots de Thich Nhat Hanh, maître zen vietnamien, « l’adresse de la vie, c’est l’intersection de l’ici et du maintenant ».
 
Si la vie réside là où l’ « on porte son attention de manière délibérée au présent vivant » (Fabrice Midal) et que sa localisation semble donc un fait acquis pour de nombreux « chercheurs de sens », qu’ils soient philosophes, psychologues ou de « simples » personnes en quête de spiritualité, le fait de vivre le présent de la manière la plus consciente possible n’est pas un présent (au double sens du mot) qui tombe du ciel : il s’agit d’un art qui demande vigilance (ou, comme j’aime à l’écrire, « vie-gilance ») et attention ainsi qu’un zeste de volonté et d’autodiscipline….à chaque instant.
 
Que cela soit sur mon propre chemin de vie ou en tant qu’accompagnant du parcours d’autres personnes, je prête une grande importance au corps, véhicule principal de l’être, et, tout particulièrement aux sens : exister pleinement, c’est être attentif à ce que l’on voit, touche, entend, boit, mange, inspire et expire. C’est également être conscient de la manière dont se tient, de sa posture, des tensions ou de l’absence de tensions dans certaines parties du corps, des messages que notre enveloppe charnelle nous envoie.
 
Vivre en « pleine conscience » ne signifie cependant pas seulement être attentif à ce que l’on vit physiquement quand on agit, mais aussi – et parfois surtout – d’accueillir les signaux que notre corps nous envoie en fonction de notre vécu : les émotions. Or, si la joie semble être relativement simple à vivre, qu’en est-il de ses « sœurs d’ombre », la tristesse, la peur et la colère ? Le fait qu’elles sont encore souvent désignées comme étant des « émotions négatives » – alors qu’elles ont leur raison d’être – montre que leur acceptation n’est pas une évidence.
 
Être présent à soi-même passe à la fois par l’accueil et par la mise à distance de notre « meilleur ennemi » : le mental. Un proverbe japonais résume à mon sens assez bien l’énorme place que prend l’activité mentale dans notre vie : « L’homme vit en moyenne 100 ans et se fait du soucis pour 1000 ans ». Si, aux préoccupations, on ajoute les regrets ainsi que des sentiments comme la culpabilité ou la honte, les singes qui s’amusent à sauter joyeusement dans notre tête sont nombreux et ont encore un bel avenir devant eux. Ils peuvent donc continuer à remplir leur principale fonction : nous couper du présent et, donc, de notre être.
 
Si être présent à soi-même, c’est en effet porter une attention de chaque instant à notre corps, à nos émotions et à nos pensées, ces dernières sont aussi nos plus farouches « empêcheurs » de vivre le présent. Je ne compte plus le nombre impressionnant de fois où je surprends mes pensées à s’échapper, à vivre leur vie…et à occuper tout l’espace de la mienne ! Combien de fois m’arrive-t-il de finir une tâche et de ne plus me rappeler du tout comment j’étais arrivé à la terminer. Rien d’inquiétant quand il s’agit de se brosser les dents, mais que dire de la conduite en voiture ? Combien de fois nous laissons-nous mener par notre « pilote automatique » et nous détourner de notre vie consciente ? Combien de fois sommes-nous incapables de savourer le moment présent, entraîné ailleurs par nos pensées, quand elles ne nous disent pas que ce que nous vivons n’est pas assez ceci ou trop cela.
 
Il y a pourtant une bonne nouvelle : si « on ne peut empêcher les oiseaux de tourner au-dessus de nos têtes, on peut tout faire pour éviter qu’ils fassent leur nid dans nos cheveux ». Ce proverbe chinois nous explique non seulement que la présence de nos productions mentales est une réalité que nous ne pouvons pas empêcher d’exister, mais également que nous avons le choix de laisser s’installer nos pensées et, donc, d’en être tributaire ou, au contraire, de les regarder passer et de ne pas nous identifier à elles : « j’ai des pensées mais je ne suis pas mes pensées ». En cela, la méditation est un excellent moyen de « dés identification » de nos chers parasites mentaux.
 
Pour terminer ce petit tour d’horizon de ce que signifie pour moi réussir ma vie en étant présent à moi-même, j’aimerais parler d’une autre mise à distance : celle que j’ai été amené à faire par rapport aux personnages que j’interprète dans mes divers « théâtres » sociaux et/ou professionnels ainsi que des masques et des casquettes que le fait d’endosser ces rôles m’amène à porter.
 
En effet, être pleinement présent ne s’arrête pas à observer mon corps, mes émotions et mon mental, mais englobe également la manière dont j’habite, dont j’investis mes rôles de formateur, coach, mari ou père : il s’agit pour moi d’être le plus vrai possible, d’être à l’écoute de mes besoins et en accord avec mes valeurs. Et d’éviter ce qui m’a en partie conduit au « burn-out » : l’imposture - ou quand l’interprétation d’un personnage « sonne faux » par rapport à celui que je suis, à mes valeurs et à mes besoins et que, pour pouvoir interpréter un rôle, je me crois obligé de « sur-jouer » en donnant plus d’importance au personnage qu’à celui qui l’habite : mon être.
 
Ce n’est donc pas un hasard si j’ai choisi de me réorienter professionnellement et de donner une couleur « accompagnement » à mes fonctions. Ce choix représente non seulement un gage de cohérence entre mon être et mes rôles mais également une « assurance-vie » : pour accompagner une personne, il est à mon avis nécessaire d’être capable de s’accompagner soi-même et, pour le dire avec les mots de Laurent Gounelle, « de continuer à être altruiste en offrant son équilibre personnel aux autres ».
 
Dans ce sens, la citation de Georges Haldas qui figure en exergue à ce texte représente une de mes « étoiles » : si je veux aider les autres à avancer sur leur chemin de vie, il s’agit avant tout de continuer à travailler sur moi-même et à réussir ma vie en lui donnant une direction et, plus encore, une signification dans la présence...au présent, aux autres et à moi-même. Car, comme le dit si bien mon ami Eric Gubelmann dans le billet de Coaching-Services du mois de novembre 2013, le principal outil du coach, c’est lui-même.
 
Bonne suite de chemin….et n’oubliez pas de faire le plein d’ « essence » et de vous offrir des « présents » !
 
 
 
 

De la nécessité de se (re) « pauser »....

Posted on 13 October, 2013 at 11:33 Comments comments (1287)
Lorsque mon corps et mon âme, plus courageux que moi, décidèrent de mettre un terme à ma course effrénée qui consistait à passer d’un projet, d’une échéance, d’une tâche à une autre, une petite voix intérieure m’a soufflé un énorme « OUF ! » de soulagement : j’allais enfin pouvoir m’arrêter, me (re) « pauser », souffler, respirer. En un mot : VIVRE ! La machine s’était emballée et son pilote n’avait plus qu’un seul désir : redevenir acteur de sa vie. 
 
Pour illustrer ce phénomène de course contre la montre qui peut déboucher sur l’épuisement, les spécialistes du « burn-out » utilisent l’image du tunnel : un long boyau dont on ne voit pas l’issue, souvent mal éclairé et manquant cruellement de sorties de secours. Une prison que la personne se fabrique en partie elle-même, aidée dans certains cas par des contextes déshumanisés et déshumanisants : l’individu devient ainsi son propre prisonnier, son propre geôlier et son propre cachot.
 
Plusieurs facteurs peuvent mener à cette situation : une mauvaise gestion du temps liée notamment aux « démons intérieurs » que sont, entre autres, la culpabilité et le perfectionnisme ; un déséquilibre entre les divers domaines de vie (profession, famille, couple, amis et soi-même) ; une absence ou du moins un manque de réflexion quant au sens que l’on veut donner à sa vie ; une grande voire énorme difficulté à identifier ses besoins, à les exprimer, à les faire entendre et à les couvrir. Dans son livre « Vivre le temps autrement », Pierre Pradervand résume à mon sens très bien cet ensemble de facteurs lorsqu’il avance que « gérer son temps, c’est avant tout s’aimer soi-même ».
 
Mais que veut dire « s’aimer soi-même » ? Vaste programme dont je n’ai pas la prétention de développer les grandes lignes sur un espace aussi restreint que cette page. J’aimerai cependant traiter ici d’un aspect qui me tient tout particulièrement à cœur, non seulement parce qu’il figure parmi les changements importants que j’ai introduits dans ma vie, mais qui manque cruellement à l’appel dans la plupart des tables des matières d’ouvrages consacrés à la gestion du temps : je fais allusion aux pauses.
 
Au-delà du soulagement dont j’ai parlé au début de ce texte, d’autres émotions, nettement moins agréables à vivre, ont rapidement envahi mon espace intérieur, me plongeant dans un profond désarroi et causant des douleurs à la fois physiques et psychiques parfois très lourdes à supporter. En tête de liste, la colère : celle de m’être fait « avoir », de ne pas avoir su repérer les signes avant coureurs du « burn-out » et de ne pas avoir su gérer ma vie, alors que je m’étais jusque-là illusionné d’une parfaite maîtrise du sujet. Moi, l’ex-entraîneur et formateur de coaches de natation de compétition, j’aurais pourtant dû savoir que les pauses de récupération étaient aussi voire plus importantes que les temps de travail et de charges ! Une fois de plus, un cordonnier mal chaussé….
 
En effet, si la pause permet de se reposer, elle permet aussi de se « poser », de se « re-centrer », de se relier à soi-même, à ses besoins et à ses envies, à ses intuitions et à sa petite voix intérieure. À revisiter sa « chambre à soi », son espace intérieur. Pour mieux pouvoir, ensuite, se relier aux autres, tout en « étant seul en étant accompagné » (Guy Corneau).
 
Georges Haldas, un auteur que j’affectionne particulièrement, parle de la nécessité, pour le violoniste, d’accorder son violon afin de pouvoir en jouer d’autant plus valablement au sein de l’orchestre. Se mettre donc en accord avec soi, dans le but de rester à l’écoute de ses émotions, de ses vibrations et de celles des autres et dans le but d’interpréter au mieux une partition qui, ne l’oublions pas, est constituée non seulement de notes, mais également de silences dont la présence permet à la musique d’exister.
 
De peur d’être rattrapé par mes démons, toujours bien présents mais désormais conscientisés et accueillis avec plus d’apaisement, je me suis fixé comme objectif de planifier des pauses sur le modèle du « un partout » :
 
  • Une pause, aussi petite soit-elle, entre chaque tâche ou activité : une « méditation flash », quelques bonnes inspirations et surtout expirations, me lever et marcher, boire un verre d’eau, respirer l’air frais, ne rien faire,…. 
  • Un « break » d’au moins une heure par jour, en un bloc ou en plusieurs moments, pour méditer, faire une sieste, me balader, m’asseoir sur une terrasse, lire un bon livre, parler avec des personnes que j’aime, écrire, ne rien faire,….
  • Un jour par semaine, réparti sur une journée effective ou sur deux demies-journées, période pendant laquelle je m’autorise à ne rien faire qui soit en lien avec mes activités professionnelles – mon jour de congé, ma respiration hebdomadaire.
  • Une semaine par mois pendant laquelle je prends le moins de rendez-vous professionnels possible et me consacre principalement à des activités créatrices, comme l’écriture par exemple.
  • Un week-end par mois pendant lequel je me retire du monde et effectue une « mini-retraite » dans des endroits où je me ressource en puisant de l’énergie positive, de la paix et de la sérénité.
  • Une semaine par année de retraite spirituelle, soit à l’Hospice du Grand St Bernard ou dans tout autre site permettant une démarche à la fois de retour sur soi et d’ouverture à une autre manière de vivre le temps que celle que notre société occidentale nous propose.
 
Cette stratégie me permet non seulement de prendre une pause avant qu’elle ne me (re)prenne – une mesure prophylactique donc -  mais également d’être le plus cohérent et congruent possible dans mes actes et mes paroles au quotidien : au sens étymologique du terme, la personne est au monde « per suonare », pour résonner et, si possible, « sonner juste », en accord avec ses valeurs et son être.
 
L’aménagement de pauses serait en effet inutile s’il ne s’inscrivait pas dans une réflexion, beaucoup plus large, autour des questions suivantes, inspirées du livre de François Delivré, « Questions de temps » :
 
  • Comment réussir ma vie, aujourd’hui et demain ?
  • Comment avancer vers mes « étoiles », vers les buts que je me suis fixés et qui donnent le cap à ma vie ?
  • Est-ce que j’accorde au monde le « meilleur de moi-même » ?
  • Est-ce que ma manière de vivre me prépare consciemment à mourir ?
 
Chacune et chacun trouvera ses réponses individuelles à ces questions très générales, mais personne ne pourra  probablement faire l’économie, tôt ou tard, de se les poser et, pour ce faire, de se (re) « pauser » afin d’y penser…à tête et à cœur reposés.
 
Bonne suite de chemin….et n’oubliez pas les postes de ravitaillement !